124 défenseurs de l’environnement assassinés en 2025 : un cri ignoré

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Une planète sous pression, des protecteurs en première ligne

Le dernier rapport de Global Witness rappelle une réalité alarmante : défendre une terre, une forêt, une rivière ou une culture peut encore coûter la vie. En 2025, l’ONG a recensé 124 personnes tuées pour avoir protégé leurs droits et leurs territoires, et depuis 2012 le total atteint au moins 2 375 morts. Derrière ces chiffres, il y a souvent des communautés autochtones, des petits agriculteurs, des défenseurs de l’environnement au sens défini par l’ONU, mais aussi des habitants ordinaires qui refusent de céder face aux pressions d’entreprises, de trafiquants ou d’autorités locales.

  • 124 morts recensées en 2025
  • 2 375 victimes au moins depuis 2012
  • Des défenseurs souvent non militants, engagés avant tout pour leur vie quotidienne

Des défenseurs pas toujours militants, mais toujours exposés

Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU sur les défenseurs de l’environnement, rappelle que ces personnes ne sont pas nécessairement des activistes professionnels. Beaucoup défendent simplement un village, un champ, une forêt ou une source d’eau contre une menace immédiate. Leur action, souvent locale et concrète, les place pourtant face à des risques extrêmes. Dans de nombreux pays, cette protection du quotidien se heurte à des intérêts puissants, qu’ils soient économiques, criminels ou politiques. Le rapport souligne aussi que les violences ne prennent pas seulement la forme d’assassinats : intimidations, diffamation, surveillance, menaces judiciaires et harcèlement numérique s’ajoutent à l’arsenal répressif.

  • Défense d’un territoire avant tout, pas forcément d’une cause idéologique
  • Pressions venant d’entreprises, d’États ou de groupes armés
  • Criminalisation croissante des communautés et de leurs porte-parole

Une baisse des meurtres qui masque une réalité plus large

Le chiffre de 2025 paraît plus faible que certaines années précédentes, ce qui pourrait laisser croire à une amélioration. Pourtant, les experts de Global Witness appellent à la prudence : cette baisse est probablement en partie liée à une sous-déclaration des cas, surtout dans les contextes répressifs où documenter les abus expose à des représailles. En Afrique et en Asie, la société civile peine parfois à faire remonter les violences. Par ailleurs, les autorités peuvent empêcher les enquêtes, limiter la circulation de l’information ou décourager les familles de porter plainte. La dangerosité globale ne recule donc pas nécessairement : elle change de forme et devient plus difficile à mesurer.

  • Le recul des meurtres ne signifie pas une baisse des violences
  • De nombreux cas restent non signalés
  • La répression se transforme en moyens de pression plus diffus

L’Amérique latine, épicentre des violences foncières

Près de 85 % des crimes recensés ont eu lieu en Amérique latine, qui demeure la région la plus meurtrière depuis le début des comptages. La Colombie arrive en tête avec 39 morts, suivie du Brésil avec 26, puis du Honduras et des Philippines avec 12 chacun. Le Mexique et le Guatemala figurent aussi parmi les pays les plus touchés. Dans plusieurs cas, les violences sont liées à des conflits de terres, à l’expansion de l’agrobusiness, à l’exploitation minière, à la forêt, ou encore au narcotrafic. Les victimes sont très souvent des petits fermiers, des Afro-descendants et des peuples autochtones, autrement dit des populations déjà fragilisées dans l’accès à la propriété et à la justice.

  • Colombie : 39 personnes tuées
  • Brésil : 26 morts, notamment dans le Rondônia et le Pará
  • Honduras et Philippines : 12 morts chacun

Quand les projets extractifs et les trafics déchirent les territoires

Le rapport insiste sur le lien entre les violences et les activités extractives. Les mines, les barrages, l’industrie du bois et l’agrobusiness créent des zones de conflit où les droits fonciers sont contestés ou ignorés. Global Witness attribue ainsi plusieurs morts à des projets miniers, notamment dans des régions où l’État contrôle mal l’usage des ressources naturelles. Au Nigeria, par exemple, la communauté Ekuri subit des intimidations et des arrestations après s’être opposée à l’exploitation illégale du bois. Ailleurs, le trafic de cocaïne alimente des guerres territoriales : au Honduras, dans la vallée de Bajo Aguán, les paysans font face à des alliances dangereuses entre industriels de l’huile de palme et trafiquants, dans un climat de violence chronique.

  • Mines et agrobusiness comme moteurs de conflits
  • Déforestation et exploitation illégale du bois
  • Imbrication entre trafic de drogue, argent sale et accaparement des terres

Des communautés qui s’organisent pour survivre et résister

Face à ces menaces, de nombreuses communautés choisissent de s’organiser elles-mêmes. Au Pérou, les Kakataibo ont créé une garde indigène pour protéger leur territoire face à l’avancée de la coca et des groupes criminels. Leur initiative illustre une stratégie de survie devenue nécessaire dans des zones où l’État est absent ou défaillant. Aux Philippines, à Kasibu, dans la province de Nueva Vizcaya, des habitants ont installé une barricade en bambou pour bloquer l’accès à un projet minier porté par la North Luzon Mineral Resources Corporation. Cette mobilisation traduit une peur très concrète : pollution de l’eau, destruction des terres agricoles et disparition d’un écosystème qui nourrit des milliers de personnes.

  • Création de gardes indigènes pour protéger les territoires
  • Installation de barricades et de campements citoyens
  • Mobilisation contre les projets menaçant l’eau, les sols et l’agriculture locale

Kasibu, un exemple frappant d’un bras de fer inégal

À Kasibu, la contestation dure depuis plusieurs mois. La région, riche en or et en cuivre, vit surtout d’une agriculture de subsistance et d’activités locales liées aux cultures du citron, du gingembre, du riz et du maïs. Le projet minier, lui, pourrait détruire 4 456 hectares et affecter huit villages. Le processus de consultation préalable n’a concerné qu’un nombre très limité de personnes, ce qui alimente le sentiment d’exclusion. Après plusieurs arrestations, la colère a grandi, d’autant que les habitants affirment être victimes d’intimidations et de procédures judiciaires en série. Ce cas montre à quel point la défense des droits territoriaux se joue aussi dans la capacité des communautés à tenir face à des intérêts industriels massifs et à exiger l’application réelle du devoir de vigilance des entreprises.

  • 4 456 hectares menacés à Kasibu
  • Huit villages directement concernés
  • Appel à une mise en œuvre effective du devoir de vigilance

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