
Un professeur ciblé : quand l’enseignement des droits humains disparaît
Mehdi Zakerian, professeur de relations internationales à l’Université Libre Islamique de Téhéran, voit son enseignement sur les droits de l’homme et les relations internationales supprimé depuis trois ans. Autrefois responsable de ce cours pendant près de vingt ans, il n’est plus autorisé à l’enseigner aux masters et doctorants ; seuls les étudiants en droit reçoivent aujourd’hui un enseignement sur les droits humains, assuré par un autre intervenant. Exemple concret : Zakerian donne toujours des cours sur les organisations internationales, mais plus sur les mécanismes de protection des droits fondamentaux — une privation de contenu académique qui illustre la censure pédagogique.
Prises de position et répression : l’effet Mahsa Amini
Après la mort de Mahsa Amini en 2022, Zakerian a publiquement critiqué le manque d’éducation aux droits humains dans la police et évoqué la violence d’État envers les femmes, allant jusqu’à utiliser le terme « génocide » pour qualifier certaines pratiques. Ces déclarations ont renforcé les pressions contre lui : menaces disciplinaires, convocations, et mise à l’écart. Exemple précis : son message sur les réseaux sociaux alertant sur le risque de nouvelles victimes a été interprété comme une provocation par des autorités universitaires.
Accusations institutionnelles et blocage de carrière
Parmi les griefs officiels figurent le fait d’avoir « défendu des idées occidentales » et d’avoir « organisé des rencontres non autorisées » avec des étudiants. Zakerian affirme avoir refusé de répondre à une convocation disciplinaire et estime que ses prises de position expliquent que son statut reste celui de « professeur associé » plutôt que « professeur » (full professor). Points clés :
- Sanctions académiques : suppression de cours, convocations disciplinaires.
- Blocage professionnel : refus de promotion malgré l’ancienneté et la production scientifique.
- Isolement : marginalisation au sein des départements universitaires.
Soutiens internationaux et inquiétudes sur la liberté académique
L’International Studies Association (ISA) a publié un texte de soutien dénonçant le « harcèlement » et les menaces contre la liberté académique pesant sur Zakerian. De nombreux collègues, en Iran et à l’étranger, lui ont apporté leur appui. Exemple : l’ISA, réseau d’universitaires, a relayé des témoignages et demandé des garanties pour la sécurité professionnelle et personnelle de l’enseignant. Ce soutien met en lumière la dimension transnationale du débat sur la protection des universitaires critiques.
Contexte plus large : répression dans les universités iraniennes
Le cas de Zakerian s’inscrit dans une dynamique nationale de répression depuis le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Selon des médias réformateurs, entre 58 et 100 enseignants des principales universités publiques auraient été licenciés après les protestations liées à la mort de Mahsa Amini, sans compter de nombreux vacataires affectés à l’Université Libre Islamique. Exemples précis :
- Licenciements massifs d’enseignants dans les universités publiques.
- Vacataires privés de contrat à l’Université Libre Islamique.
- Promesses officielles de réintégration partielles mais insuffisantes.
Espoirs, limites et impacts sur la recherche
Après l’arrivée au pouvoir du président Massoud Pezeshkian en 2024, des promesses de réintégration ont laissé entrevoir un espoir : quelques professeurs, comme Ali Sharifi Zarchi, ont retrouvé leur poste. Cependant, plus d’un an après la nomination d’un nouveau ministre des Sciences, la majorité des enseignants sanctionnés n’ont pas été rétablis, et le ministère élude les questions. Conséquences documentées :
- Appauvrissement du débat académique en limitant les sujets sensibles.
- Fuite des talents : risque d’exil scientifique pour les chercheurs marginalisés.
- Climat de peur : auto-censure accrue chez les universitaires et étudiants.
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