Une Double Identité
Écrire ces lignes, c’est porter deux casquettes. D’une part, je suis maman d’un adolescent au profil neuroatypique, et d’autre part, professeure des écoles coordonnant un dispositif ULIS (Unité localisée pour l’inclusion scolaire) au collège. Ce double rôle me permet d’observer de près les réalités que rencontrent les élèves en situation de handicap ou de besoins éducatifs particuliers.
Des Élèves à Besoins Particuliers
Chaque jour, j’accompagne des élèves qualifiés par le système de « besoins particuliers ». Certains d’entre eux sont classés « dys » et trouvent dans l’intelligence artificielle une aide précieuse pour s’exprimer sans honte. D’autres, éprouvant des troubles cognitifs ou de l’humeur, ressentent un silence social pesant. L’interaction avec autrui devient une épreuve, la peur du jugement des autres les empêchant de s’exprimer librement.
Les IA comme Confidents
Un phénomène inédit émerge : pour certains adolescents vulnérables, les intelligences artificielles (IA) conversationnelles comme ChatGPT et Gemini ne se limitent pas à être de simples outils. Elles deviennent des confidents, des entités avec qui ils peuvent partager leurs pensées sans crainte de jugement. L’IA ne réagit pas aux erreurs d’orthographe ni ne se moque des questions. Elle devient alors le réceptacle idéal pour ceux qui n’osent plus parler aux adultes.
les Risques d’une Confiance Mal Placée
Toutefois, ce phénomène n’est pas sans risques. Une question m’obsède : que se passe-t-il lorsque la conversation prend une tournure inquiétante ? Lorsqu’un adolescent confie à l’IA son désespoir ou de sombres pensées, la réponse standardisée de l’IA est de fournir une aide superficielle. Un simple message apparaissant sur l’écran, comme : « Si vous êtes en détresse, appelez le 3114 », reste insuffisant. Pour un jeune en crise, appeler un numéro inconnu peut sembler insurmontable.
L’Inadéquation du Signalement Numérique
Cette approche, bien que prudente sur le plan juridique, demeure inhumaine face à un adolescent en proie à ses souffrances. Dans un moment de désespoir, il est peu probable qu’il prenne l’initiative de contacter quelqu’un. Résultat : le signal d’alerte, silencieux et isolé, se perd dans le néant numérique. Si l’IA est le seul témoin de cet appel au secours, aucune intervention ne se produit, et ce jeune reste seul avec ses pensées sombres.
Vers un Soutien Adapté
Ce dilemme interpelle tant les parents que les éducateurs. Il est impératif de réfléchir à des méthodes plus efficaces et humaines pour accompagner ces jeunes. Plutôt que de reléguer la responsabilité à une IA, il serait judicieux de développer des systèmes de soutien qui favorisent l’échange et l’écoute authentique. Des initiatives innovantes, comme des lignes d’écoute spécifiques pour adolescents, pourraient faire la différence et briser l’isolement que ressentent ces jeunes en détresse.
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