Un tournant électoral au Bangladesh
Le 12 février 2026 marque une date clé pour le Bangladesh : les citoyens sont appelés à élire les 350 députés de l’Assemblée nationale monocamérale de Dacca et à se prononcer, par référendum, sur une série de réformes constitutionnelles visant à renforcer la démocratie. Ces scrutins s’inscrivent dans un contexte de transition après la chute brutale du régime autoritaire de Sheikh Hasina en août 2024 et la mise en place d’un gouvernement intérimaire chargé de préparer le pays à un retour au régime civil. Exemple : le référendum accompagne les législatives pour valider la «Charte de juillet» qui propose des changements institutionnels majeurs.
Un gouvernement intérimaire dirigé par Muhammad Yunus
À la tête du gouvernement provisoire depuis août 2024, l’économiste et lauréat du prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a été appelé par le mouvement étudiant pour empêcher une prise de pouvoir militaire et organiser une transition vers des élections libres. Octogénaire et reconnu internationalement pour le microcrédit, Yunus a constitué un cabinet de technocrates et d’intellectuels chargé d’organiser les élections et de proposer des réformes institutionnelles. Exemple concret : il a prêté serment le 8 août 2024 et réuni dès le lendemain un conseil de ministres composé d’experts indépendants et de leaders étudiants.
La « Charte de juillet » : réformes et garde-fous
Face à une bureaucratie affaiblie et à l’absence d’un Parlement élu, des commissions d’experts nationales et internationales ont diagnostiqué les causes de la mauvaise gouvernance et formulé des propositions. La « Charte de juillet » rassemble ces réformes négociées avec la quasi-totalité des partis politiques et propose, entre autres, :
- Limitation des mandats : plafonner à deux le nombre de mandats du Premier ministre,
- Rééquilibrage institutionnel : création d’un Sénat pour renforcer le travail législatif,
- Mesures anti-corruption : renforcement des organes de contrôle et réforme de l’administration publique.
Exemple : la charte doit être soumise au peuple par référendum simultanément aux législatives ; si validée, le gouvernement élu aura la responsabilité de mettre en œuvre ces réformes.
Forces et limites de la méthode Yunus
La méthode de Yunus repose sur la négociation, l’expertise technique et l’aptitude à convaincre des acteurs variés. Avantages constatés : neutralité des technocrates et crédibilité des réformes préparées hors d’un appareil partisan. Exemple : les commissions d’experts ont couvert l’électoral, la justice, la police et la lutte contre la corruption, aboutissant à propositions signées par la plupart des partis, y compris des formations islamistes.
- Force : capacité à rassembler et à produire un diagnostic approfondi,
- Limite : difficultés dans le rétablissement rapide de l’ordre public,
- Risque : tension entre réformes techniques et réalités politiques de terrain.
La sécurité publique au cœur des critiques
Malgré les réformes proposées, la transition a été marquée par des vagues de violence et d’exactions ciblant non seulement les partisans de l’ancien régime mais aussi des minorités religieuses (hindous, bouddhistes, chrétiens). Exemples précis : incendies et attaques contre des sièges de journaux et des institutions culturelles après l’assassinat d’un leader étudiant, Sharif Osman Hadi, en décembre 2025. Des observateurs soulignent que le rétablissement d’un maintien de l’ordre durable est resté incomplet, posant un défi aux autorités transitoires.
Bilan contrasté et enjeu du 12 février
Le bilan du gouvernement intérimaire conduit par Yunus divise : certains experts jugent l’action « catastrophique » au regard des violences persistantes, d’autres estiment qu’il a évité une implosion du pays et posé les bases institutionnelles d’un renouveau. Exemples d’appréciations divergentes : critiques fermes de chercheurs sur la sécurité publique ; analyses plus nuancées qui retracent la stabilisation institutionnelle progressive. Au final, la réussite de la méthode sera jugée à l’aune des élections du 12 février 2026 et de l’éventuelle approbation de la charte par référendum : ces scrutins détermineront si les réformes préparées pourront être mises en œuvre par un gouvernement légitimé par les urnes.
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