Un constat frappant sur la parentalité et les carrières académiques
Après analyse d’un vaste ensemble de données danoises, il apparaît que la parentalité affecte de façon bien plus négative les carrières des femmes que celles des hommes : les mères sont 29 % moins susceptibles d’être employées à l’université huit ans après la naissance de leur premier enfant, contre 14 % pour les pères. Exemple concret : une doctorante devenue mère voit, en moyenne, son parcours académique diverger fortement de celui d’un pair masculin qui devient père au même moment. Points clés :
- Impact mesurable sur l’emploi universitaire et la progression de carrière.
- Écart de genre persistant malgré des politiques favorables (congé parental payé, crèches subventionnées).
- Les chiffres proviennent d’une étude publiée par le Centre for Economic Performance (LSE).
Sources et méthode : grande qualité des données
L’étude s’appuie sur 13 347 personnes inscrites en doctorat au Danemark entre 1996 et 2017 qui ont eu leur premier enfant après la première année de thèse, complétées par les historiques de publication de Scopus et un sondage de 3 400 chercheur·e·s réalisé en 2017. Exemple : un chercheur peut être suivi avant et après l’arrivée d’un enfant pour comparer publications, emplois et rémunérations. Points clés :
- Échantillon important et longue fenêtre d’observation (jusqu’à huit ans après la naissance).
- Données croisées : registres administratifs, base bibliographique, enquête déclarative.
- Permet d’isoler l’effet direct de la parentalité sur la carrière académique.
Emploi, salaires et sortie de la recherche
Les résultats montrent que, lorsqu’elles quittent l’université après être devenues mères, les femmes subissent en moyenne une baisse de revenu d’environ 12 % et sont moins susceptibles de trouver des postes dans des instituts de recherche ou laboratoires, indiquant un retrait global de la recherche. Exemple : une universitaire qui abandonne son poste permanent pour un emploi hors recherche voit non seulement son salaire diminuer, mais perd aussi l’accès aux réseaux de publication et financement. Points clés :
- Sorties de l’académie plus fréquentes et plus coûteuses pour les mères.
- Effet durable sur la carrière et le potentiel de recherche.
- Les pères connaissent des sorties moins marquées et des pertes salariales moindres.
Production scientifique et titularisation : l’écart se creuse
Les mères publient nettement moins : huit ans après la naissance du premier enfant, elles ont environ 31 % de publications en moins que les pères. Leur probabilité d’obtenir la titularisation baisse de 35 % trois à quatre ans après l’accouchement et reste inférieure de 23 % après huit ans. Exemple : une chercheuse qui prend en charge la majeure partie des soins aura moins de temps pour rédiger articles, demander des financements ou participer à des collaborations internationales, affectant ses dossiers de titularisation. Points clés :
- Baisse de productivité traduite par moins de publications et moins d’opportunités de financement.
- Moindre accès à la titularisation pour les mères comparé aux pères.
- Effets présents même si la parentalité est reportée après l’obtention du premier poste, mais en moindre mesure.
L’écart des tâches de garde : origine sociale et pratique
Malgré des attitudes majoritairement favorables au partage égal des tâches (environ trois quarts des répondant·e·s), la réalité montre que les mères assument une part disproportionnée des soins : nuits, jours de maladie, rendez-vous médicaux et récupérations à la crèche. Exemple précis : dans l’enquête, les mères étaient nettement plus susceptibles d’effectuer les gardes nocturnes et les sorties d’urgence quand l’enfant est malade. Points clés :
- Tâches non rémunérées — nuits, maladies, trajets — pèsent sur le temps de travail.
- Conséquence directe : moins de présence aux réunions, colloques et temps pour rédiger.
- Même dans un pays avec congés parentaux et crèches subventionnées, les pratiques domestiques restent inégales.
Conséquences pratiques et pistes pour réduire l’inégalité
Les implications sont claires : pour atténuer la pénalité parentale qui frappe surtout les femmes, il faut agir à la fois sur les politiques institutionnelles et sur les pratiques domestiques. Exemples d’actions concrètes : quotas effectifs d’évaluation prenant en compte le congé parental, financements post‑parentalité pour récupérer la productivité, incitations pour un partage réel des congés parentaux. Points clés :
- Mesures institutionnelles : évaluer les périodes de congé dans les recrutements et promotions, offrir des bourses « retour de congé maternité/paternité ».
- Mesures familiales : promouvoir le congé parental égalitaire et des campagnes pour modifier les pratiques de répartition du soin.
- Suivi et données : poursuivre les études longitudinales pour mesurer l’efficacité des politiques.
En savoir plus sur L'ABESTIT
Subscribe to get the latest posts sent to your email.



