Un prix historique pour Zanele Muholi
Zanele Muholi vient de recevoir le prix Hasselblad, la récompense photographique internationale la plus prestigieuse, une distinction qui place iel aux côtés de figures telles que Carrie Mae Weems, Hiroshi Sugimoto, Wolfgang Tillmans, Sophie Calle et les pionniers Henri Cartier‑Bresson et Ansel Adams. Pour Muholi — qui se définit comme non binaire — cette reconnaissance est présentée comme une reconnaissance plutôt qu’une victoire compétitive : « Je ne peux pas dire que c’est une victoire, parce que cela supposerait qu’il y ait eu une compétition… C’est plutôt une reconnaissance », dit iel.
L’œuvre engagée : l’œil d’une communauté
Le travail de Muholi est fondamentalement documentaire et militant, centré sur la visibilité des personnes noires LGBTQIA+ d’Afrique du Sud. La série Faces and Phases est un exemple précis : il s’agit de portraits posés réalisés sur plusieurs années, à la fois pour honorer des vies et pour créer un archive visuelle contre l’oubli. Exemples concrets :
- Faces and Phases : portraits en noir et blanc célébrant des identités individuelles et collectives.
- Portraits de victimes : images utilisées pour documenter et témoigner des violences homophobes et transphobes.
La force des autoportraits : Somnyama Ngonyama
La série Somnyama Ngonyama (Hail the Dark Lioness) illustre la maîtrise formelle et conceptuelle de Muholi : par l’autoportrait, iel interroge le racisme colonial, le travail, la représentation et le pouvoir des codes visuels. Exemples précis :
- Autoportraits où Muholi se métamorphose avec des accessoires et des maquillages pour évoquer l’histoire du travail et de la race.
- Images qui convoquent l’iconographie classique (certains critiques rapprochent ces portraits des compositions de Rembrandt) tout en la retournant au service d’une critique sociale.
Un art au service de la mémoire et de la justice
Les photographies de Muholi servent de témoignages : elles documentent des trajectoires, rendent visibles des identités marginalisées et accompagnent des actions de plaidoyer. Par exemple, des portraits ont été intégrés à des expositions, des publications et des événements commémoratifs visant à sensibiliser l’opinion publique aux violences ciblant les personnes queer et trans. Les effets observables :
- Renforcement de la visibilité médiatique et muséale des personnes noires LGBTQIA+.
- Utilisation des images comme preuves visuelles dans des campagnes de sensibilisation et d’éducation.
Ce que change la reconnaissance internationale
Recevoir le prix Hasselblad a plusieurs implications concrètes pour l’artiste et pour la communauté :
- Amplification : plus d’expositions, de publications et d’accès aux grandes institutions.
- Archivage : meilleure préservation des corpus photographiques et des histoires orales associées.
- Visibilité politique : mobilisation accrue autour des droits LGBTQIA+ et d’une mémoire collective.
Muholi rappelle toutefois que cette reconnaissance reste partagée : « Ce prix est pour nous tous, queer et trans d’Afrique. »
Perspectives : héritage et inspirations futures
Le prix consolide l’héritage de Muholi et ouvre des perspectives pour les générations suivantes de photographes et d’activistes. Exemples d’effets attendus :
- Inspirer de jeunes créateur·ice·s queer et trans à documenter leurs communautés et à revendiquer des récits propres.
- Encourager les musées et les éditeurs à diversifier leurs programmations et leurs acquisitions.
- Favoriser des projets collaboratifs entre artistes, organismes de défense des droits et institutions éducatives.
Au-delà de la médaille, c’est une dynamique culturelle et politique qui se renforce, portée par une œuvre à la fois esthétique et militante.
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