
Plainte inédite : Deliveroo et Uber Eats visés pour traite d’êtres humains
Mercredi 22 avril, quatre associations de livreurs — la Maison des livreurs de Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, ainsi que AMAL et Ciel — ont déposé une plainte contre Deliveroo et Uber Eats pour traite d’êtres humains. Elles dénoncent une situation d’exploitation touchant majoritairement des travailleurs immigrés, contraints par un système opaque et dépendant d’algorithmes. Exemples chiffrés issus des enquêtes : en moyenne 63 heures de travail hebdomadaire pour environ 1 000 euros nets par mois, soit un niveau de rémunération souvent inférieur au salaire minimum.
- Heures de travail : 63 h/semaine (moyenne rapportée).
- Revenu : ~1 000 € nets mensuels (~1 480 € bruts).
- Vulnérabilité : 98 % des livreurs interrogés sont nés à l’étranger ; 64 % sans titre de séjour.
Témoignages et données : l’ombre portée par l’algorithme
Les associations s’appuient sur plus de 200 témoignages collectés sur plus de deux ans et sur des rapports comme celui de Médecins du Monde. Les récits décrivent une relation de travail où la dépendance à l’algorithme impose vitesse et acceptation d’ordres au détriment de la sécurité et de la santé. Exemples concrets cités par les livreurs : pressions pour courir des kilomètres supplémentaires en cas d’annulation, refus de pause imposé par la logique des gains, et accidents liés à la fatigue.
- Accidents : cas rapportés de blessures graves après longues heures de service.
- Santé : troubles du sommeil, stress chronique, difficultés d’accès aux soins.
- Contrôle : algorithme qui oriente les tâches sans transparence ni recours.
Pourquoi qualifier cela de traite ?
La qualification de traite d’êtres humains repose sur la combinaison de la vulnérabilité des personnes (immigration, absence de titre), de pratiques susceptibles d’entraîner exploitation et mise en danger, et d’un encadrement algorithmique privant de protections collectives. En pratique, les associations estiment que la mise en relation « indépendante » masque une subordination de fait : exemples de clauses contractuelles, mécanismes de notation et sanctions automatiques qui contraignent les livreurs.
- Éléments de qualification : coercition économique, exploitation des circonstances de vulnérabilité, absence de protection sociale.
- Preuves rassemblées : fiches de paye, relevés horaires, témoignages, constats médicaux.
- Conséquence juridique visée : ouverture d’une enquête pénale et reconnaissance d’un cadre légal adapté.
Du politique au judiciaire : la stratégie des associations
Après des démarches politiques, médiatiques et scientifiques jugées infructueuses, les associations ont choisi la voie judiciaire, estimant qu’elle permettrait d’obtenir des preuves et d’obliger à des enquêtes formelles. L’avocat des associations a expliqué que d’autres canaux avaient été mobilisés sans résultats suffisants. Exemples d’actions menées avant la plainte : rencontres avec parlementaires, campagnes de presse, études de terrain et rapports de santé publique.
- Actions antérieures : collectes de données, publications, alertes aux autorités sanitaires.
- Objectifs : documenter les conditions, déclencher des investigations, créer un précédent juridique.
- Risque : procédure longue mais potentiellement structurante pour la protection des travailleurs.
Réponses des plateformes et enjeux du modèle économique
Deliveroo et Uber Eats contestent fermement les accusations : elles rejettent toute assimilation de leur modèle à une situation de traite et défendent la flexibilité et l’innovation de leur service. Face à cela, les critiques soulignent l’écart entre liberté contractuelle affichée et mécanismes de contrôle algorithmique. Exemples d’arguments échangés : les plateformes insistent sur le choix des livreurs, tandis que les associations montrent des sanctions automatiques rendant ce choix théorique.
- Position des plateformes : refus des accusations, mise en avant de la flexibilité.
- Position des associations : mise en évidence de pratiques contraignantes et de la précarité.
- Enjeu économique : modèle à bas coût, concurrence, pression sur les marges et sur la main-d’œuvre.
Perspectives pratiques et pistes pour améliorer la situation
La plainte ouvre des pistes pour réformes concrètes visant à mieux protéger les livreurs : requalification des statuts, transparence algorithmique, garanties de revenu, accès aux soins et inspection renforcée. À l’international, des précédents existent — par exemple des décisions judiciaires ayant requalifié certains travailleurs de plateformes comme salariés ou «workers» — montrant des voies possibles. Exemples de mesures proposées ou testées ailleurs :
- Requalification (statut de travailleur ou salarié selon les situations).
- Revenu minimum garanti et transparence sur les commissions.
- Contrôles administratifs renforcés et droits syndicaux facilités.
- Transparence des algorithmes et recours effectifs pour les livreurs.
Ces pistes visent à réduire la précarité, améliorer la santé et la sécurité au travail, et assurer une régulation cohérente entre innovation technologique et droits fondamentaux.
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