Une mobilisation inattendue
Plus de 580 employés de Google, dont plus de 20 directeurs et vice-présidents, ont récemment signé une lettre adressée à leur PDG, Sundar Pichai. Ce document alerte sur les risques associés à la coopération entre Google et le Département de la Défense des États-Unis concernant l’IA militaire. Les signataires, incluant des chercheurs de Google DeepMind, expriment leur préoccupation face à l’absence de contrôle sur l’utilisation de ces systèmes dans des réseaux classifiés, isolés d’Internet. Selon eux, la seule manière de garantir que Google ne soit pas lié aux conséquences néfastes des applications militaires est de refuser de travailler sur des charges de travail classifiées.
Un historique de résistance
Cette lutte n’est pas nouvelle pour les employés de Google. En 2018, environ 4 000 travailleurs avaient signé une pétition interne contre Project Maven, un programme du Pentagone utilisant l’IA pour analyser les vidéos de drone. Cette mobilisation avait contraint l’entreprise à établir des principes visant à éviter l’implication de Google dans des technologies d’armement ou de surveillance. Cependant, depuis lors, Google a réinvesti dans des projets militaires, mettant de côté les engagements pris sous la pression de ses employés.
Des négociations en cours
Les discussions entre Google et le Pentagone avancent. Selon des déclarations officielles, le Département de la Défense prévoit d’utiliser des agents Gemini de Google dans des infrastructures cloud classifiées. Ces négociations mettent en exergue un flou sur les restrictions applicables, notamment sur l’utilisation de l’IA pour des armes autonomes ou la surveillance de masse. Les employés de Google soulignent que sur un système isolé du réseau de l’entreprise, il est impossible de savoir comment et à quelles fins l’IA est utilisée.
Un enjeu financier colossal
Le budget IA du Pentagone est révélateur des perspectives d’investissement dans ce secteur. Pour l’exercice 2026, la défense américaine a prévu 13,4 milliards de dollars pour l’IA, avec une demande de 54,6 milliards de dollars pour le groupe de guerre autonome, illustrant la montée en puissance de l’IA dans le cadre militaire. Des technologies d’IA, allant des robots humanoïdes aux systèmes d’analyse avancés, sont en cours de développement pour intégrer davantage l’IA dans l’arsenal militaire des États-Unis.
Les tensions internes à Google
La lettre des employés révèle un profond mécontentement au sein de Google, où des voix influentes s’élèvent contre l’utilisation de l’IA à des fins militaires. Parmi les signataires, on trouve de nombreux responsables seniors, et deux tiers d’entre eux ont accepté d’être identifiés publiquement. En revanche, une partie se cache derrière l’anonymat par crainte de représailles. La question de l’équilibre entre la dissension interne et les décisions corporatives semble de plus en plus difficile à gérer pour la direction de Google.
Un fossé grandissant
Le fossé entre la mobilisation interne et les décisions de l’entreprise s’est élargi depuis 2018. Alors qu’une précédente mobilisation avait permis de stopper un contrat de quelques millions de dollars, la situation actuelle présente des enjeux bien plus complexes avec un marché classé de l’IA représentant des dizaines de milliards de dollars. Les employés de Google pressent maintenant leur entreprise pour qu’elle refuse une collaboration avec le Pentagone, malgré la pression croissante de l’administration et le retrait manifeste des lignes rouges qui protégeaient leurs valeurs éthiques.
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