
Une assemblée générale sous haute tension à Paris
TotalEnergies tient son assemblée générale annuelle ce vendredi 29 mai 2026 à Paris, dans un climat de forte attention médiatique et politique. Le groupe pétrolier français arrive devant ses actionnaires avec des résultats financiers solides, portés par la hausse des marges dans le contexte de la crise au Moyen-Orient. Au premier trimestre 2026, l’entreprise a affiché 5,8 milliards de dollars de bénéfices, un niveau qui alimente à la fois la satisfaction des investisseurs et la critique de ses détracteurs.
- Date : 29 mai 2026
- Lieu : Paris
- Bénéfice du 1er trimestre 2026 : 5,8 milliards de dollars
- Sujet central : performance financière et contestation publique
Des profits dopés par le contexte géopolitique
La rentabilité de TotalEnergies s’explique en partie par la flambée des opportunités liées aux hydrocarbures depuis les tensions au Moyen-Orient. Le groupe profite d’un marché plus volatil, où les écarts de prix sur le pétrole et le gaz peuvent générer des gains très importants. Cette situation renforce une question récurrente : jusqu’où une entreprise énergétique peut-elle tirer parti d’une crise internationale sans nourrir un sentiment d’injustice ?
Dans les faits, TotalEnergies met en avant sa contribution dans les pays où elle extrait et commercialise ses ressources, mais cette ligne de défense ne suffit pas à faire taire les critiques en France, où beaucoup estiment que les retombées fiscales restent limitées au regard de l’ampleur des bénéfices.
Trading, filiales étrangères et fiscalité contestée
Au cœur du débat se trouve la place prise par le trading dans les résultats du groupe. TotalEnergies dispose de structures spécialisées en Suisse et à Singapour, deux places fortes du négoce international, où sont logées des filiales qui spéculent sur les stocks d’hydrocarbures. La filiale Totsa, basée à Genève, a ainsi généré à elle seule un milliard de dollars de bénéfices selon les éléments rendus publics.
Patrick Pouyanné reconnaît l’importance de cette activité, tout en affirmant qu’elle ne représente qu’une fraction du total. Mais plusieurs enquêtes estiment que la part du trading dans les profits du groupe aurait parfois oscillé entre 40 % et 80 % ces dernières années. Cette configuration alimente un autre reproche : une imposition faible dans certaines juridictions, avec environ 14 % à Singapour contre 25 % en France.
Pourquoi la question des impôts reste explosive
Le sujet fiscal dépasse la seule question comptable. Pour les critiques, il pose un problème de justice économique : quand les profits sont élevés, pourquoi la contribution fiscale ne suit-elle pas au même rythme en France ? Les défenseurs du groupe rappellent que l’entreprise paie ses impôts là où elle produit et opère, mais ses opposants soulignent que l’architecture internationale du groupe permet aussi d’optimiser la localisation des gains.
- Argument de TotalEnergies : les impôts sont payés dans les pays de production
- Critique principale : une part significative des profits passe par des filiales à fiscalité plus avantageuse
- Effet observé : moins de recettes pour les finances publiques françaises
Les ONG dénoncent une stratégie incompatible avec le climat
Des organisations comme Reclaim Finance, Earth Insight et le Réseau Action Climat ont profité de cette assemblée générale pour rappeler un autre angle d’attaque : l’impact climatique du groupe. Elles accusent TotalEnergies de poursuivre une stratégie contraire aux objectifs de réduction des émissions, alors même que la France affirme soutenir une transition énergétique ordonnée et juste.
Leur critique s’appuie aussi sur le contraste entre l’actualité climatique et les résultats du groupe. En pleine canicule, les ONG soulignent l’ironie d’une entreprise des énergies fossiles qui se félicite de profits records alors que ces mêmes activités contribuent au réchauffement. Pour elles, il ne s’agit pas seulement d’une réussite économique, mais d’un modèle qui reste fondé sur l’expansion des hydrocarbures.
Actionnaires publics, État français et avenir énergétique
Autre point sensible : le rôle des investisseurs publics et des institutions françaises dans le capital de TotalEnergies. Les ONG demandent à ces acteurs, ainsi qu’à l’État français, de prendre position contre la trajectoire du groupe. Elles dénoncent une contradiction entre la diplomatie climatique de la France, qui se présente comme un défenseur des accords internationaux, et le soutien persistant à une entreprise qui souhaite encore accroître sa production de pétrole et de gaz.
- Demande des ONG : un vote ou une prise de position plus ferme des actionnaires publics
- Enjeu : aligner les choix industriels avec l’Accord de Paris
- Point de friction : la France défend la sortie des fossiles à l’international, tout en appuyant TotalEnergies
Dans ce contexte, TotalEnergies cristallise une question plus large : comment concilier performance financière, souveraineté énergétique, fiscalité équitable et impératifs climatiques ? L’assemblée générale de Paris ne se limite donc pas à un rendez-vous d’actionnaires ; elle devient un observatoire des tensions qui traversent aujourd’hui toute l’industrie pétrolière.
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