
Une reprise brutale des départs vers les Canaries
Depuis la fin du mois de mai, les garde-côtes mauritaniens constatent une forte remontée des tentatives de traversée de l’Atlantique vers les îles Canaries. Cette route migratoire, déjà connue pour sa dangerosité, attire à nouveau des centaines de personnes prêtes à prendre la mer dans l’espoir d’atteindre l’Europe. En quelques jours seulement, les opérations de secours se sont multipliées, signe d’une dynamique migratoire qui s’accélère rapidement.
- 1 187 migrants secourus depuis le 28 mai 2026.
- 1 417 personnes aidées depuis le début de l’année.
- Des départs enregistrés depuis des pays plus au sud, comme la Gambie, le Sénégal et la Guinée.
Des routes migratoires qui se déplacent vers le sud
Le phénomène observé en Mauritanie ne se limite pas à une hausse des départs : il révèle aussi un déplacement géographique des itinéraires. Alors que certaines embarcations partaient autrefois de zones plus proches des côtes mauritaniennes, elles viennent désormais de plus en plus au sud. Ce glissement traduit la pression des contrôles renforcés et la recherche de points de départ moins surveillés.
Parmi les pirogues interceptées récemment, plusieurs étaient parties de la Gambie et du Sénégal. Ce changement de point de départ allonge considérablement la navigation, ce qui augmente les dangers liés à l’épuisement des passagers, au manque d’eau, aux pannes de carburant et aux dérives en haute mer.
Une route atlantique toujours plus périlleuse
La traversée vers les Canaries est l’une des plus risquées de la migration vers l’Europe. Les embarcations utilisées, souvent des pirogues de fortune, ne sont pas conçues pour affronter l’océan Atlantique sur de longues distances. Quand les départs s’effectuent depuis la Guinée ou la Gambie, le trajet devient encore plus long et plus incertain.
- Risque accru de naufrage.
- Manque de moyens de navigation fiables.
- Absence fréquente de gilets de sauvetage.
- Provisions insuffisantes pour des traversées de plusieurs jours.
Le rôle central des garde-côtes mauritaniens
Les autorités mauritaniennes sont en première ligne face à cette situation. Selon Ahmed Moulaye, directeur de la lutte contre la migration irrégulière des garde-côtes, la concentration des secours depuis le 28 mai montre une intensification nette des tentatives. À ce stade, aucune traversée réussie n’a été signalée vers l’archipel espagnol, mais le volume des départs inquiète déjà les autorités.
Les personnes interceptées sont conduites vers des centres d’accueil temporaires situés à Nouakchott et Nouadhibou. Financé par l’Union européenne, ce dispositif vise à identifier les rescapés, évaluer leur situation et déterminer s’ils peuvent prétendre à une protection internationale.
Des accords de contrôle qui redessinent les flux
La montée des interceptions s’explique aussi par la coopération entre certains pays africains de la façade atlantique et les États européens. Des accords avec des pays comme le Maroc ou la Mauritanie ont renforcé la surveillance des côtes et des départs clandestins. Cette stratégie réduit certaines traversées, mais elle pousse aussi les candidats à l’exil à emprunter des routes plus longues et plus dangereuses.
Dans les faits, plus les contrôles se resserrent, plus les départs se déplacent vers des zones éloignées, parfois moins préparées à gérer de tels flux. C’est précisément ce qui se produit aujourd’hui avec des embarquements de plus en plus fréquents depuis le sud du Sahel maritime et les côtes ouest-africaines.
Un défi humanitaire et politique qui reste entier
Cette recrudescence des traversées vers les Canaries rappelle la complexité des migrations irrégulières en Atlantique. Derrière les chiffres, il y a des hommes, des femmes et des enfants exposés à des dangers extrêmes, souvent poussés par la pauvreté, l’instabilité ou l’absence de perspectives. Les secours en mer permettent d’éviter des drames immédiats, mais ils ne répondent pas aux causes profondes de ces départs.
- Pressions économiques dans les pays de départ.
- Renforcement des contrôles sur les routes traditionnelles.
- Allongement des trajets et hausse des risques en mer.
- Besoin d’asile, de protection et d’alternatives légales pour réduire les départs périlleux.
La situation observée en Mauritanie illustre donc une réalité plus large : les politiques de contrôle modifient les routes, mais ne tarissent pas nécessairement les départs. Tant que la traversée des Canaries restera perçue comme une porte d’entrée possible vers l’Europe, les départs risqués continueront probablement à se multiplier.
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