
Un bac sous tension dans une Abidjan bouleversée
En Côte d’Ivoire, le baccalauréat 2026 débute ce lundi 15 juin avec près de 330 000 candidats attendus aux épreuves écrites. Mais pour plusieurs centaines d’élèves à Abidjan, l’examen se déroule dans un contexte particulièrement difficile. Dans plusieurs communes, des quartiers entiers ont récemment été démolis, laissant des familles sans logement et des lycéens sans repères, à quelques jours seulement d’une échéance scolaire décisive.
Des élèves fragilisés par les déguerpissements
Parmi les jeunes touchés, Mariam, 20 ans, raconte avoir vu sa maison détruite alors qu’elle passait encore les oraux de son bac de comptabilité. Son témoignage illustre le choc vécu par de nombreux candidats. En quelques heures, des élèves ont perdu leurs affaires, leurs cahiers, leurs uniformes et parfois même leurs convocations, au moment où ils auraient dû se concentrer sur les révisions.
- Maisons détruites en pleine période d’examens
- Affaires scolaires perdues : cahiers, uniformes, papiers
- Stress psychologique qui perturbe la préparation
Des conditions de révision très précaires
Après les démolitions, plusieurs élèves ont trouvé refuge chez des proches ou des voisins. Mariam partage désormais un logement avec cinq camarades, dans un espace occupé par 18 personnes réparties entre deux chambres et un salon. Dans ces conditions, réviser devient presque impossible. Le bruit, le manque d’intimité et l’incertitude sur le lendemain pèsent lourdement sur la concentration et sur la capacité à retenir les cours.
Ramatou, qui les héberge, décrit une atmosphère de tension permanente. Les nuits sont courtes, les journées sont troublées par l’angoisse, et le travail scolaire passe au second plan. Cette situation montre à quel point un événement urbain peut avoir des conséquences directes sur la réussite éducative des adolescents.
Port-Bouët tente d’organiser la solidarité
Face à cette crise, la mairie de Port-Bouët a mis en place une cellule d’appui destinée aux candidats aux examens issus des quartiers démolis. Environ 130 élèves s’y sont déjà signalés. L’objectif est d’éviter que des jeunes ne soient exclus du bac à cause de leur situation sociale ou géographique. La municipalité cherche notamment à réduire les obstacles matériels qui empêchent l’accès aux centres d’examen.
- Appui administratif pour les candidats déplacés
- Orientation vers les centres d’examen adaptés
- Suivi local des élèves en difficulté
Transport, tenue civile et sessions de rattrapage
La mairie souhaite aussi faciliter le transport des élèves déguerpis vers leurs lieux d’examen, car certains ont été relogés dans d’autres communes comme Yopougon ou Abobo. Pour un élève, parcourir de longues distances dans Abidjan peut devenir un obstacle majeur, surtout lors d’un examen national où l’heure d’arrivée compte autant que la préparation. Les autorités locales travaillent également avec la Direction régionale de l’éducation nationale d’Abidjan-Sud pour autoriser, si nécessaire, le passage en civil plutôt qu’en uniforme.
Une autre piste évoquée concerne l’organisation d’épreuves de rattrapage pour les candidats les plus touchés. Cette mesure viserait à ne pas pénaliser les élèves dont les conditions de vie ont été bouleversées par les opérations de déguerpissement. Dans un système scolaire où chaque épreuve compte, ce type d’aménagement peut faire la différence entre un échec subi et une chance réellement maintenue.
Des aides pour retrouver papiers et convocations
Le ministère ivoirien de la cohésion nationale a également réagi en mettant en place des numéros d’appel pour aider les élèves ayant perdu leurs documents. Convocations, pièces d’identité, dossiers scolaires : ces éléments sont essentiels pour accéder aux salles d’examen. Sans eux, un candidat peut être empêché de composer malgré sa préparation. Cette mesure d’urgence répond donc à une nécessité très concrète et immédiate.
- Numéros d’appel pour signaler les dossiers perdus
- Remise en contact avec les services compétents
- Préservation du droit d’examiner pour les candidats déplacés
Un examen national révélateur d’un enjeu social plus large
Au-delà du seul baccalauréat, cette situation met en lumière un enjeu plus vaste : la manière dont les politiques urbaines, les déplacements de population et la scolarité se croisent dans les grandes villes africaines. À Abidjan, les démolitions de quartiers ne touchent pas seulement l’habitat, elles perturbent aussi la trajectoire scolaire de jeunes en pleine préparation d’un diplôme décisif. Pour ces candidats, réussir l’examen suppose désormais de surmonter non seulement les épreuves écrites, mais aussi le traumatisme, l’instabilité et la perte de leurs conditions de vie habituelles.
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