Un enfant, un rituel et une étrange bascule
Le film Sheep in the Box de Hirokazu Kore-eda s’ouvre sur une scène trompeusement douce : un petit garçon japonais joue avec ses parents, jardine dans le jardin familial et s’endort en lisant Le Petit Prince. Tout semble ordinaire, presque idyllique, jusqu’au moment où l’enfant ne rejoint pas son lit. Il s’assoit sur sa station de recharge et s’éteint, révélant d’un coup la nature artificielle de cette présence si familière.
Cette entrée en matière pose immédiatement le ton du récit : une apparence de tendresse qui dissimule une réflexion profonde sur l’identité, le deuil et la place de la technologie dans l’intime. Le premier trailer officiel laisse entrevoir un univers à la fois poétique et troublant.
Un futur proche où l’IA s’invite dans le deuil
L’intrigue se déroule dans un Japon situé à un demi-pas du futur : les drones livrent les objets du quotidien, les voitures sont électriques et l’intelligence artificielle s’est immiscée jusque dans la sphère familiale. Otone, architecte, et Kensuke, menuisier, vivent une épreuve douloureuse après la mort de leur jeune fils. Leur rencontre avec une société de robotique change alors le cours de leur vie.
- Photos, vidéos et traces numériques servent à recréer une personnalité disparue.
- La société propose des répliques humanoïdes pilotées par l’IA.
- L’enfant « revenu » dans une boîte devient le centre du drame émotionnel.
Le dispositif narratif est fascinant parce qu’il ne se contente pas d’imaginer un futur technologique : il interroge la manière dont une famille endeuillée pourrait accepter, ou refuser, une forme de continuité artificielle.
Hirokazu Kore-eda, maître des émotions subtiles
Récompensé à Cannes par une Palme d’or pour Shoplifters en 2018, Kore-eda confirme avec ce projet sa volonté d’explorer les liens familiaux avec délicatesse. Son cinéma, souvent centré sur les tensions discrètes du quotidien, préfère les gestes silencieux aux grands effets dramatiques. Ici encore, il semble privilégier une approche humaine plutôt qu’une vision purement anxiogène de la technologie.
Dans une interview donnée avant Cannes, le cinéaste expliquait croire que les IA et les androïdes pourraient, à mesure de leur évolution, chercher à dépasser la simple imitation de l’humain pour se relier à quelque chose de plus vaste. Cette idée donne au film une profondeur particulière, entre science-fiction douce et méditation sur la conscience.
Une esthétique de fragilité et de mystère
Le trailer suggère un film à l’atmosphère éthérée, loin d’un traitement spectaculaire ou menaçant à la manière de Black Mirror. Kore-eda semble choisir une voie plus nuancée : celle d’un récit où la technologie n’est pas seulement une menace, mais aussi un miroir des attachements humains. L’émotion naît précisément de ce flou entre substitut et présence réelle.
Plusieurs éléments renforcent cette impression :
- Une mise en scène épurée, centrée sur les corps et les regards.
- Un contraste entre le calme domestique et l’étrangeté de l’objet technologique.
- Une tonalité qui privilégie la sensibilité plutôt que le sensationnalisme.
Ce choix esthétique permet au film de toucher à une question universelle : jusqu’où peut-on aller pour retrouver quelqu’un qu’on aime ?
Une équipe fidèle et des soutiens solides
Sheep in the Box réunit Kore-eda à la réalisation, au scénario et au montage, ce qui lui permet de contrôler l’ensemble de la narration. Il retrouve également le directeur de la photographie Ryuto Kondo, déjà à l’œuvre sur Shoplifters et Monster, sorti en 2023 et largement salué. Cette continuité artistique laisse espérer une image précise, sensible et très maîtrisée.
Le film a été produit par plusieurs sociétés majeures du paysage audiovisuel japonais :
- Fuji Television
- Gaga
- Toho
- AOI Pro
Ce soutien industriel montre que le projet s’inscrit à la croisée du cinéma d’auteur et d’une production ambitieuse capable de porter un sujet audacieux.
Une sortie attendue et un trailer à découvrir
Présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, Sheep in the Box s’apprête à rencontrer le public américain à partir du 24 juillet à New York et Los Angeles, avant une diffusion plus large à travers le pays dans les semaines suivantes. En Amérique du Nord, le film sera distribué par Neon, société connue pour accompagner de nombreux titres remarqués à Cannes.
Les ventes internationales sont prises en charge par Gaga et Goodfellas. Pour mesurer l’atmosphère du film, le premier trailer officiel est déjà disponible :
Avec ce nouveau long-métrage, Kore-eda semble proposer une œuvre à la fois intime et conceptuelle, où l’IA devient le révélateur d’un besoin profondément humain : retrouver le lien, même au prix de l’inattendu.
En savoir plus sur L'ABESTIT
Subscribe to get the latest posts sent to your email.



