Un professeur de Brown confronté à une triche massive via l’IA

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Un examen transformé par le traumatisme

Au printemps dernier, le professeur Roberto Serrano, de l’université Brown, a modifié la forme de son examen intermédiaire pour une raison qui n’avait rien à voir avec la fraude : il pensait d’abord à la santé mentale de ses étudiants après la fusillade du 13 décembre sur le campus. Parmi les victimes, Ella Cook, une étudiante qui était venue le voir quelques jours plus tôt pour lui demander d’être son directeur académique. Cette décision, prise dans un contexte de choc collectif, visait à réduire la pression d’un examen passé à distance, dans un climat encore marqué par la peur et le deuil.

Un sujet rendu plus accessible, mais un soupçon qui grandit

Serrano a choisi un midterm à emporter, à livre fermé, pour sa classe d’économie mathématique ECON 1170, pensant offrir un cadre plus humain. Pourtant, les résultats ont rapidement attiré l’attention : sur 86 étudiants, 40 ont obtenu 100/100 et la moyenne a atteint 96, alors qu’elle se situait habituellement entre 65 et 80. Pour un professeur habitué aux évaluations exigeantes, l’écart était trop important pour être expliqué par une simple bonne préparation.

  • 86 copies rendues
  • 40 notes parfaites
  • Moyenne de 96, très au-dessus des années précédentes
  • Examen pourtant conçu pour être plus difficile que d’habitude

Quand l’intelligence artificielle laisse des traces

Le déclic est venu d’un détail révélateur : certaines réponses semblaient trop sophistiquées et reprenaient des formulations très proches de celles produites par ChatGPT. L’équipe de correction a testé les questions dans l’outil d’IA et a retrouvé des raisonnements artificiellement complexes, alors qu’une preuve plus simple existait. Cette répétition de structures similaires dans plusieurs copies a renforcé l’hypothèse d’une triche assistée par IA, désormais devenue un enjeu majeur dans l’enseignement supérieur.

  • Des réponses longues et inutilement compliquées
  • Des ressemblances marquées entre plusieurs copies
  • Des formulations proches de celles générées par une IA
  • Un schéma compatible avec un usage massif d’outils automatisés

Une réaction ferme face à la fraude académique

Plutôt que d’annuler immédiatement l’épreuve, le professeur a choisi de laisser une chance aux étudiants : il a annoncé qu’un examen final en présentiel servirait de référence, et que seule la comparaison des deux notes permettrait d’évaluer la situation. Lorsqu’il a confronté la classe, son discours a été direct : il a rappelé l’importance de l’effort, de la pensée critique et de l’honneur académique. La réaction a été le plus souvent le silence, et plusieurs étudiants ont quitté le cours après cette prise de parole.

  • Annonce d’un final en présentiel
  • Rappel du code d’honneur
  • Questionnement sur le sens même d’un diplôme sans apprentissage réel
  • 27 étudiants ont abandonné le cours après l’alerte

Des résultats finaux qui confirment les soupçons

Le jour de l’examen final, seuls 59 étudiants se sont présentés et 19 ont échoué. La moyenne de classe est tombée à 48/100, soit le niveau le plus faible jamais observé dans ce cours. Pour Serrano, la combinaison des deux distributions, les écarts spectaculaires de performance et les indices relevés dans les copies formaient un ensemble d’éléments probants. Il a ensuite transmis son dossier aux responsables de Brown, puis au comité du code académique, qui a qualifié l’affaire de “wake-up call”.

  • 59 présents à l’examen final
  • 19 échecs
  • Moyenne finale de 48/100
  • Signalement à l’administration universitaire et au comité disciplinaire

Un signal plus large pour l’université à l’ère de l’IA

Figure reconnue de la théorie des jeux, auteur de manuels de référence et professeur titulaire à Brown depuis plus de trente ans, Serrano voit dans cette affaire un symptôme d’un problème plus vaste. Selon lui, l’arrivée de l’IA a eu l’effet d’un tsunami sur les universités, qui peinent à fixer des règles claires. Le phénomène dépasse Brown : Princeton a rétabli la surveillance systématique de ses examens, et plusieurs enquêtes montrent que l’usage d’outils d’IA dans les cours est devenu courant. Serrano a déjà modifié ses pratiques : les devoirs hebdomadaires ne compteront plus, et les examens à emporter disparaissent. Il estime toutefois que l’IA peut rester utile si elle est encadrée, à condition de ne jamais sacrifier l’intégrité académique.

  • Fin des take-home exams dans son cours
  • Devoirs hebdomadaires sans poids dans la note finale
  • Besoin de garde-fous et de sanctions en cas d’abus
  • Débat élargi sur la crédibilité des diplômes et l’avenir de l’enseignement supérieur

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