Erdogan presse l’UE d’intégrer la Turquie à la défense européenne

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Une demande turque relancée à la veille du sommet de l’Otan

À quelques jours du sommet de l’Otan prévu à Ankara les 7 et 8 juillet, Recep Tayyip Erdogan met à nouveau la pression sur ses partenaires européens. Le président turc réclame la levée des restrictions qui pèsent encore sur l’industrie de défense turque et souhaite une place plus solide de son pays dans l’architecture européenne de sécurité. Cette demande n’a rien de nouveau, mais elle revient avec force dans un contexte international tendu, où la Turquie cherche à consolider son rôle de puissance incontournable entre Europe et Moyen-Orient.

Le programme SAFE, un enjeu stratégique pour Ankara

Au cœur des tensions figure le programme SAFE, conçu pour renforcer les capacités militaires européennes grâce à des achats communs. La Turquie en est aujourd’hui exclue, notamment en raison des réserves de plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne. L’Union européenne exige en effet qu’un pays tiers soit suffisamment aligné sur sa politique étrangère et de sécurité pour participer à ce type de mécanisme. Or, dans le cas turc, cet alignement a été évalué à seulement 4 % en 2025, un niveau extrêmement faible qui reflète des divergences profondes sur plusieurs dossiers internationaux.

  • SAFE vise à financer des achats militaires coordonnés en Europe.
  • La participation de la Turquie dépendrait d’un meilleur alignement diplomatique avec l’UE.
  • Les réticences européennes restent fortes, en particulier à Paris et à Berlin.

Une puissance militaire qui cherche une reconnaissance politique

La Turquie défend pourtant des atouts solides. Son armée est la deuxième de l’Otan en effectifs, et son industrie de défense connaît une croissance rapide. Ankara met aussi en avant sa position géographique stratégique, entre Russie, Caucase, Europe et Moyen-Orient, ainsi que sa capacité à dialoguer avec des acteurs en conflit, comme Moscou et Kiev. Cette posture d’équilibre nourrit l’argument turc selon lequel le pays ne devrait pas être tenu à l’écart des grands mécanismes de sécurité européens.

La Turquie insiste également sur son savoir-faire industriel, visible dans les drones, les véhicules blindés ou certains systèmes navals. Des exemples précis illustrent cette montée en gamme : des exportations d’équipements de défense vers plusieurs régions du monde, ou encore l’achat d’entreprises européennes du secteur, comme Piaggio Aerospace en Italie. Pour Ankara, ces gestes montrent une volonté claire d’entrer davantage dans le jeu de la défense européenne.

Des coopérations bilatérales, mais pas de ligne commune européenne

Selon Dorothée Schmidt, spécialiste de la Turquie à l’Ifri, plusieurs pays européens coopèrent déjà avec Ankara dans le domaine de l’armement. L’Espagne et l’Italie figurent parmi les partenaires les plus actifs. Mais ces relations restent bilatérales et ne débouchent pas sur une stratégie européenne commune. Pour la chercheuse, l’Union peine à adopter une position unifiée face à la Turquie, car les perceptions divergent fortement d’un État à l’autre.

Cette fragmentation européenne s’explique aussi par la méfiance persistante que suscite Ankara. Certains gouvernements considèrent la Turquie comme un acteur ambigu sur des sujets liés à la sécurité européenne. Les tensions avec la Grèce et le conflit autour de Chypre continuent d’alimenter les blocages. Dans ce contexte, la coopération progresse parfois par petits accords sectoriels, mais sans déboucher sur une intégration plus large dans les structures de défense européennes.

  • Espagne et Italie entretiennent des relations industrielles suivies avec la Turquie.
  • Les acquisitions turques en Europe ont aussi une valeur symbolique.
  • L’absence de consensus à Vingt-Sept freine toute avancée institutionnelle.

La Grèce et Chypre, deux dossiers qui bloquent encore

Les contentieux régionaux pèsent lourd dans le dossier turc. Le différend avec la Grèce en mer Égée, les tensions autour de Chypre et les rivalités en Méditerranée orientale nourrissent depuis longtemps la défiance de plusieurs États européens. La France, qui a renforcé récemment sa coopération militaire avec Athènes, a notamment choisi de s’aligner sur les positions grecque et chypriote pour freiner l’avancée des discussions avec Ankara. Cette posture traduit un équilibre diplomatique délicat, où la solidarité européenne avec les partenaires méditerranéens prime sur une ouverture accrue à la Turquie.

Ces blocages montrent que l’enjeu dépasse la seule question industrielle. Il touche à la confiance politique, à la lecture des menaces régionales et à la cohérence de la politique étrangère européenne. Tant que ces différends ne seront pas apaisés, la Turquie restera cantonnée à une relation sélective avec l’Europe de la défense.

Un rapport de force assumé par Ankara avant le sommet

Pour Erdogan, le moment est favorable pour rappeler que la Turquie n’est pas un acteur périphérique. En accueillant le sommet de l’Otan, Ankara cherche à peser sur les discussions et à obtenir des contreparties concrètes. La stratégie turque repose sur un mélange de pression politique, d’arguments militaires et d’affirmation géopolitique. Le message adressé aux Européens est clair : sans la Turquie, la sécurité du continent reste incomplète, que ce soit face à la Russie, aux crises du Caucase ou aux instabilités du Moyen-Orient.

Cette posture traduit aussi une conviction largement partagée à Ankara : le pays dispose d’une marge de manœuvre suffisante pour négocier en position de force. Dans l’immédiat, toutefois, les chances d’une intégration rapide dans les dispositifs européens restent limitées. La Turquie poursuit donc une double voie, entre coopérations ciblées avec certains États et revendication d’un rôle plus central dans la sécurité du continent.

  • La Turquie veut être reconnue comme un acteur majeur de la défense européenne.
  • Elle mise sur son poids militaire et géographique pour convaincre.
  • Les blocages politiques demeurent plus forts que les convergences industrielles.

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