La science en équipe prend le dessus
La recherche scientifique change de visage : les petites équipes reculent, tandis que les collaborations plus larges deviennent la norme. L’analyse des données d’autorat du Nature Index sur la période 2015-2024 montre que la part des articles signés par une ou deux personnes est passée de 10,8 % à 7,1 % dans les sciences naturelles. Cette évolution marque un tournant historique dans la manière de produire les connaissances, loin du modèle emblématique de la découverte isolée portée par quelques chercheurs.
- 2015 : 10,8 % d’articles à un ou deux auteurs
- 2024 : 7,1 % seulement
- Les articles de 3 à 50 auteurs dominent désormais largement
Des disciplines plus touchées que d’autres
Le recul des petits groupes n’est pas uniforme. Les sciences biologiques affichent la plus forte baisse : les articles à un ou deux auteurs y sont tombés de 6,1 % à 3,8 % entre 2015 et 2024. En chimie, la proportion a aussi diminué, de 8,2 % à 4,7 %. Dans les sciences de la santé, l’effet est encore plus net, avec des publications à un ou deux auteurs qui stagnent autour de 1 %. Les sciences physiques résistent un peu mieux en volume absolu, mais la part relative des petits groupes y a tout de même chuté de 14,9 % à 9,6 %.
- Biologie : forte érosion des petits collectifs
- Chimie : recul marqué mais moins extrême
- Santé : quasi-disparition des articles à deux auteurs ou moins
- Physique : petits groupes encore présents, mais marginalisés par la croissance des grands consortiums
Pourquoi les grandes équipes s’imposent
Cette transformation s’explique d’abord par la façon dont la science est financée et organisée. Après la Seconde Guerre mondiale, les agences de financement centralisées ont encouragé la formation de consortia capables de combiner compétences et ressources. Aujourd’hui, les appels à projets favorisent souvent les approches interdisciplinaires et multicentriques, parce qu’elles rassurent les financeurs sur la portée et l’impact des travaux. Dans l’Union européenne, de nombreux programmes exigent même une coopération transfrontalière, ce qui pousse naturellement les équipes à grossir.
- Montée des financements compétitifs
- Valorisation des projets pluridisciplinaires
- Besoin de répondre à des questions scientifiques plus vastes
La complexité scientifique change les règles du jeu
La recherche moderne mobilise aussi des outils et des infrastructures plus lourds qu’autrefois. Un exemple parlant est celui des supercalculateurs, indispensables pour la modélisation climatique, la physique des matériaux ou certaines études de génomique. Dans d’autres cas, il faut réunir des profils très différents autour d’un même projet : un essai biomédical peut nécessiter des cliniciens, des biologistes, des statisticiens et des data analysts. Cette spécialisation accrue favorise mécaniquement les équipes élargies, capables de couvrir toutes les étapes d’une recherche de haut niveau.
- Infrastructures coûteuses à partager
- Expertises complémentaires nécessaires
- Projets plus longs, plus techniques, plus collaboratifs
Une tendance mondiale, avec des nuances nationales
Le recul des petits groupes se retrouve dans la plupart des pays leaders en recherche. Aux États-Unis, la part des articles à un ou deux auteurs est passée de 9,8 % à 6 %. L’Allemagne, le Royaume-Uni et la Corée du Sud ont connu des trajectoires comparables, autour d’un passage de 7 % à 4 %. La Chine suit la même direction, avec une baisse de 3,5 % à 2,4 %. Le Japon, en revanche, se distingue par une stabilité relative : les articles à un ou deux auteurs sont restés proches de 8 %, signe que des facteurs économiques, administratifs et culturels peuvent ralentir la transition vers les grandes équipes.
- États-Unis : baisse nette des petites équipes
- Europe : même dynamique, portée par les appels internationaux
- Chine : montée rapide des grands collectifs
- Japon : évolution plus lente, liée à des contraintes spécifiques
Ce que révèle l’avenir de la recherche
La disparition relative des petits groupes ne signifie pas la fin des idées majeures portées par quelques personnes. Elle indique plutôt que la science d’aujourd’hui repose de plus en plus sur des réseaux complexes, où la valeur vient de la coordination, du partage des données et de la complémentarité des savoirs. Le modèle à deux auteurs, jadis emblématique avec l’article de 1953 sur la double hélice de l’ADN, reste un symbole fort, mais il cohabite désormais avec une réalité plus vaste : celle d’une recherche intensive, collaborative et hautement spécialisée, dans laquelle les grandes équipes occupent une place croissante.
- Collaboration plus fréquente entre laboratoires
- Spécialisation accrue des chercheurs
- Partage des ressources et des données au cœur des projets
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