
Une Cisjordanie occupée sous pression constante
La Cisjordanie occupée traverse une nouvelle phase de tension marquée par une montée des violences de colons israéliens contre des communautés palestiniennes. Selon les éléments rapportés, l’épisode survenu le 24 juillet dans le village de Tell, au nord du territoire, a servi de déclencheur à une vaste opération de l’armée israélienne dans la zone. Mais derrière cet affrontement meurtrier se dessine un phénomène plus large : des attaques répétées, des intimidations et des expulsions de fait qui fragilisent durablement la présence palestinienne sur place.
Tell, point de départ d’un nouvel embrasement
Vendredi 24 juillet, plusieurs dizaines de colons israéliens armés sont entrés dans Tell, village du nord de la Cisjordanie. L’affrontement qui a suivi a fait quatre morts palestiniens et deux morts israéliens. Depuis, l’armée israélienne a bouclé les localités du nord de la Cisjordanie, tandis que les attaques de colons contre des villages palestiniens se sont multipliées. Cette séquence illustre un climat où chaque incident peut provoquer une escalade rapide, avec des répercussions directes sur la vie civile.
- Lieu : Tell, au nord de la Cisjordanie occupée
- Bilan humain : 4 Palestiniens et 2 Israéliens tués
- Conséquence immédiate : bouclage militaire de plusieurs localités
À Jalud, une famille poussée vers la sortie
L’histoire de Mahmoud Toubassi et de sa famille, à Jalud près de Naplouse, donne un visage concret à cette pression. Pendant trois mois, ils ont subi des jets de pierres, un harcèlement continu, l’incendie d’une partie de leur maison, la coupure d’électricité et l’isolement de leur route d’accès pendant 20 jours. Privé de nourriture, d’eau et de revenu agricole, l’homme a fini par quitter sa maison sous la menace directe de colons armés.
Son récit montre comment la violence ne se limite pas à des agressions ponctuelles : elle peut devenir un outil d’expulsion progressive. Installés à l’extérieur du village, les Toubassi ne pouvaient plus accéder à leurs terres, pourtant indispensables à leur survie économique. Dans un tel contexte, rester devient presque impossible.
- Harcèlement : pierres, menaces, surveillance nocturne
- Dommages : incendie partiel, voiture brûlée, courant coupé
- Effet : départ forcé d’une famille vivant de l’agriculture
Des menaces qui rappellent des drames passés
Mahmoud Toubassi raconte avoir entendu une menace explicite : « Vous avez une heure pour partir ». Il affirme aussi que les colons l’ont averti qu’ils le tueraient s’il restait. Dans son témoignage, un autre souvenir revient avec force : celui de la famille Dawabsheh, brûlée vive en 2015 dans un incendie criminel attribué à des colons. Les trois membres de la famille, dont un bébé, sont morts dans ce drame devenu symbole de la violence extrême subie par les Palestiniens en Cisjordanie.
Le parallèle n’est pas anodin. Il traduit la peur d’une population qui voit les menaces se transformer en actes, souvent sans réponse dissuasive suffisante. Ce sentiment d’abandon nourrit un cycle où les habitants se sentent livrés à eux-mêmes face à des groupes armés et organisés.
Une dynamique d’occupation qui s’étend autour de Naplouse
Le cas de Jalud n’est pas isolé. Dans le gouvernorat de Naplouse, plusieurs localités comme Yanoun, Tana ou Al Marajim ont connu des déplacements forcés récents. À Al Marajim, 48 familles sur 50 auraient déjà quitté leurs maisons. La région compte aujourd’hui 64 colonies israéliennes, dont 49 non autorisées selon les éléments cités. Des implantations de fortune apparaissent aussi sur des hauteurs stratégiques, comme le Mont Ebal, qui domine Naplouse.
Ce mouvement repose souvent sur une méthode simple : arrivée rapide de caravanes, installation sans avertissement, puis consolidation progressive du terrain occupé. Dans ce schéma, la présence de l’armée est perçue par les habitants palestiniens comme un facteur de protection des colons plutôt que comme un rempart contre les violences.
- Localités touchées : Yanoun, Tana, Al Marajim
- Colonies : 64 dans le gouvernorat, dont 49 non autorisées
- Méthode : installation de caravanes puis extension du contrôle
La voix de Naplouse appelle à une pression internationale
Le gouverneur de Naplouse, Ghassan Daghlas, estime que les autorités israéliennes laissent les colons s’installer trop facilement sur de nouvelles terres. Selon lui, ils arrivent sans préavis, plantent quelques caravanes, puis commencent à bâtir. Il affirme que les collines autour de la ville sont désormais largement occupées et que l’armée soutient ce processus. Son message vise directement la communauté internationale, qu’il juge responsable de faire respecter les accords d’Oslo.
Il met aussi en avant l’affaiblissement financier de l’Autorité palestinienne, en évoquant les taxes prélevées par Israël et reversées partiellement, ainsi que les mesures punitives liées aux aides versées aux prisonniers et à leurs familles. Dans ce contexte, les responsables palestiniens disent manquer de moyens concrets pour stopper les expulsions et les installations de colons.
Un territoire sous tension, entre peur quotidienne et impasse politique
Ce tableau révèle une réalité plus large : en Cisjordanie occupée, la violence des colons, les restrictions militaires et la faiblesse institutionnelle palestinienne s’additionnent. Pour les habitants, la question n’est plus seulement celle d’un affrontement ponctuel, mais celle de la survie sur leur terre. Chaque route fermée, chaque maison incendiée, chaque parcelle confisquée ou rendue inaccessible renforce le sentiment d’une pression continue, difficile à inverser sans intervention extérieure.
Les faits rapportés montrent ainsi une dynamique où la terre, l’accès à l’eau, l’électricité, les récoltes et la mobilité deviennent des enjeux centraux. Dans les villages du nord de la Cisjordanie, la population vit désormais avec une inquiétude permanente, entre peur des attaques, départs forcés et incertitude politique.
- Enjeu humain : protéger les familles et leurs moyens de subsistance
- Enjeu territorial : empêcher la prise de contrôle progressive des terres
- Enjeu diplomatique : obtenir une pression réelle sur les acteurs impliqués
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