
Une génération née avec le numérique
Pour la génération Z, l’expression de soi se joue souvent sur deux scènes complémentaires : la chambre et les réseaux sociaux. Là où les premiers internautes ont appris par essais et erreurs, les natifs du numérique grandissent avec des codes déjà installés, des usages normalisés et une présence en ligne qui accompagne presque chaque moment du quotidien. C’est ce constat qui a inspiré le photographe italien Niccolò Rastrelli dans son projet IRL, une exploration de la frontière entre l’identité hors ligne et l’identité en ligne.
Quand les réseaux sociaux sont devenus un terrain d’apprentissage
Les jeunes millennials ont connu l’arrivée des plateformes comme Facebook, Myspace ou Twitter comme une expérimentation collective. À l’époque, les utilisateurs publiaient souvent sans mesurer la portée durable de leurs messages, de leurs photos ou de leurs commentaires. Cette période d’initiation a façonné une relation prudente aux réseaux, avec le temps, la prise de conscience de la mémoire numérique et des traces laissées en ligne.
- Premiers usages : publications spontanées, souvent publiques.
- Apprentissage progressif : gestion de la vie privée et des paramètres de visibilité.
- Effet durable : compréhension tardive des risques liés à l’empreinte numérique.
La génération Z et la langue native d’Internet
Pour la génération Z, la situation est différente : Internet n’est pas un outil découvert à l’adolescence, mais un environnement familier dès l’enfance. Cette familiarité crée une relation plus intuitive aux plateformes, aux formats visuels, aux codes de communication et à la mise en scène de soi. Le numérique devient alors un prolongement naturel de l’identité personnelle, plutôt qu’un espace séparé à apprivoiser.
- Compétence instinctive : compréhension rapide des usages et des tendances.
- Expression codée : maîtrise des stories, des filtres, des mèmes et des formats courts.
- Double présence : une image construite à la fois dans la vie réelle et sur les écrans.
IRL : observer l’écart entre soi et son image en ligne
Le projet IRL — acronyme de in real life — part d’une question simple mais essentielle : comment une génération qui vit dans le numérique se représente-t-elle elle-même ? Niccolò Rastrelli s’intéresse à ce décalage éventuel entre l’identité vécue et l’identité affichée. Son travail met en lumière les espaces intimes où chacun se construit, se protège et se raconte, parfois différemment selon le support.
Par exemple, une personne peut se montrer réservée dans un cadre scolaire ou familial, tout en affichant sur Instagram une image soigneusement composée, ou une esthétique précise sur TikTok. Cette différence n’implique pas forcément une contradiction : elle révèle souvent une adaptation aux contextes et aux attentes de l’audience.
La chambre, un laboratoire intime de l’identité
Le texte source insiste sur un point central : pour beaucoup de jeunes, la chambre reste un lieu privilégié d’expression personnelle. C’est là que se préparent les photos, les vidéos, les messages et les mises en scène destinés au monde extérieur. L’espace privé devient alors un véritable studio miniature, où se négocient apparence, intimité et désir de reconnaissance.
- Décor personnel : affiches, objets, lumière et arrière-plan participent à l’image projetée.
- Contrôle du récit : choix des angles, des filtres et du contenu publié.
- Zone de sécurité : possibilité d’expérimenter sans exposition immédiate au regard collectif.
Une identité fluide entre offline et online
L’un des apports les plus intéressants de cette réflexion est de montrer que l’identité des digital natives n’est pas figée. Elle circule entre le réel et le virtuel, entre ce qui est vécu et ce qui est montré. Dans un monde où les plateformes façonnent les interactions, les jeunes apprennent à composer avec la visibilité, la comparaison sociale et la recherche d’authenticité. Le projet de Rastrelli invite ainsi à regarder autrement les usages numériques : non pas comme une rupture totale avec la vie réelle, mais comme un prolongement qui modifie la manière de se raconter, de se voir et d’être perçu.
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