
Un mouvement religieux gujarati au rayonnement mondial
BAPS, pour Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha, est une organisation hindoue née dans le Gujarat, au début du XXe siècle. Longtemps centrée sur cette région de l’ouest de l’Inde, elle s’est d’abord construite comme un courant religieux très structuré, attaché à des règles strictes et à une vision morale conservatrice. Son poids n’est pas d’abord démographique, mais il devient considérable grâce à sa capacité à fédérer des communautés dispersées et à occuper des lieux symboliques, en Inde comme à l’étranger.
- Origine : le Gujarat, bastion historique du mouvement.
- Implantation : temples présents en diaspora, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, en Australie et en Afrique australe.
- Spécificité : une influence supérieure à son nombre d’adeptes.
La diaspora indienne, moteur d’une présence internationale
Le BAPS a suivi les routes migratoires des Gujaratis, devenus l’un des groupes les plus visibles de la diaspora indienne. Cette implantation mondiale a permis au mouvement de bâtir de grands temples qui servent à la fois de centres religieux, culturels et communautaires. À Londres, à New Jersey ou à Toronto, ces édifices impressionnent par leur taille, leur architecture et leur fonction de vitrine. Ils donnent au BAPS une visibilité qui dépasse largement le cadre du culte.
- Fonction religieuse : rituels, prières, vie communautaire.
- Fonction sociale : rassemblement des familles, transmission des normes, encadrement des fidèles.
- Fonction symbolique : montrer que l’hindouisme dispose d’un ancrage fort dans l’espace public mondial.
Une proximité ancienne avec Narendra Modi
Le lien entre Narendra Modi et le BAPS remonte à plusieurs décennies. Originaire lui aussi du Gujarat, le Premier ministre indien a entretenu des relations étroites avec ce mouvement bien avant son arrivée au pouvoir en 2014. Selon Christophe Jaffrelot, cette proximité a joué un rôle décisif : le BAPS a offert à Modi une forme de légitimation religieuse, tandis que le dirigeant indien a protégé et soutenu le mouvement. Après le séisme de 2001 au Gujarat, cette coopération s’est renforcée autour de la reconstruction de villages et de temples, avec une logique clairement politique.
- Modi bénéficie d’une bénédiction religieuse auprès d’un courant influent.
- Le BAPS gagne en visibilité et en protection institutionnelle.
- La reconstruction devient un outil de pouvoir et d’implantation sociale.
Le soft power hindou à l’œuvre
Le mouvement ne se limite pas à la spiritualité : il agit aussi comme un instrument de soft power. L’État indien, et Narendra Modi en particulier, utilisent volontiers le BAPS pour projeter une image de l’Inde à l’étranger. L’inauguration de temples par Modi, que ce soit aux Émirats arabes unis ou en visioconférence pour le temple de Bussy-Saint-Georges, illustre cette stratégie. L’objectif est clair : associer l’hindouisme à une grandeur civilisationnelle, capable de dialoguer avec les élites politiques des pays d’accueil.
- Message diplomatique : l’Inde se présente comme une puissance culturelle globale.
- Message identitaire : l’hindouisme est mis en avant comme civilisation.
- Message politique : le religieux devient un levier d’influence internationale.
Le temple de Bussy-Saint-Georges, symbole et controverse
L’ouverture du temple de Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne, a cristallisé les tensions. Situé près de Disneyland Paris, ce temple immense n’est pas seulement un lieu de culte : il incarne une stratégie de visibilité. Dans un pays marqué par la laïcité, sa construction a suscité des interrogations sur le rôle des autorités, la préparation du projet et les liens entre diplomatie, religion et politique. L’incident de la Tour Eiffel, où des femmes employées ont été écartées lors d’une visite du BAPS, a encore accentué le malaise autour des pratiques du mouvement.
- Réaction en France : débat sur la compatibilité avec les principes républicains.
- Question centrale : comment encadrer une opération religieuse soutenue par un État étranger ?
- Effet d’image : le temple devient un symbole de présence hindoue en Europe.
Une influence qui suscite des inquiétudes durables
À l’étranger, le BAPS est de plus en plus observé avec prudence, voire avec méfiance. En Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Allemagne ou en Australie, des critiques émergent sur son conservatisme, sa relation au pouvoir et son refus supposé de certains cadres démocratiques, notamment sur les questions de caste et de représentation de l’Inde dans les manuels scolaires. L’affaire de la Tour Eiffel a donc dépassé le simple incident protocolaire : elle a mis en lumière un mouvement religieux puissant, politiquement connecté, et capable de transformer des temples en outils d’influence internationale.
- Au Royaume-Uni : débats sur l’organisation communautaire et les tensions entre hindous et musulmans.
- En Allemagne et en Australie : vigilance accrue autour des nouveaux temples.
- En France : interrogation sur la protection de l’État de droit et sur l’encadrement des influences étrangères.
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