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Les États-Unis dominaient déjà le Groenland : révélations sur l’accord

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Les États-Unis dominaient déjà le Groenland : révélations sur l’accord
Trois militaires russes en uniforme marchent devant une base arctique en Groenland, illustrant la présence militaire dans la région.

Un accord qui change surtout le récit

Donald Trump affirme avoir obtenu un « contrôle permanent » sur la sécurité du Groenland, à la faveur d’un accord en préparation avec Washington, Nuuk et Copenhague. Pourtant, selon le chercheur en géopolitique Mikaa Blugeon-Mered, spécialiste du Groenland à l’Université du Québec, l’essentiel est ailleurs : l’accord ne bouleverse pas l’équilibre existant. Les États-Unis disposaient déjà d’un rôle central dans la sécurité de l’île depuis 1941, puis à travers l’accord de défense de 1951, les accords d’Igaliku en 2004 et le plan commun de 2020. Autrement dit, le message politique est fort, mais le contenu opérationnel reste largement inchangé.

Une sécurité déjà largement organisée

Sur le terrain militaire, rien de décisif ne serait modifié. Les bases, l’accès au territoire et la coopération de défense relevaient déjà d’un cadre établi entre les trois parties. Le chercheur souligne que l’accessibilité au terrain ne change pas, pas plus que les possibilités d’investissements militaires en coopération avec le Danemark et le Groenland. La seule base américaine réellement implantée sur l’île, Pituffik, demeure l’élément de référence, sans extension automatique prévue par le nouvel accord.

  • Présence américaine ancienne : installée depuis la Seconde Guerre mondiale.
  • Cadre juridique déjà existant : accords de 1951, 2004 et 2020.
  • Pas de nouveau territoire militaire : aucune base supplémentaire actée.

Des revendications abandonnées une à une

Pour Mikaa Blugeon-Mered, Donald Trump a surtout reculé sur ses objectifs initiaux. La question de la souveraineté n’a rien cédé aux États-Unis : ni le territoire, ni les bases militaires, ni le moindre espace relevant du Groenland. Même constat pour les ressources minérales : après avoir évoqué un accès exclusif, puis privilégié, puis facilité, Washington n’obtient finalement rien de nouveau dans l’accord. Enfin, le projet de créer trois nouvelles bases de grande ampleur n’apparaît nulle part dans le texte ; tout reste renvoyé à de futures négociations.

  • Souveraineté : aucune parcelle transférée aux États-Unis.
  • Ressources : pas d’accès exclusif ni privilégié.
  • Bases militaires : aucune nouvelle implantation actée.

Un soulagement pour l’Otan, mais seulement provisoire

Sur le plan diplomatique, cet accord apporte un soulagement immédiat aux alliés européens et à l’Otan. Une annexion ou une rupture frontale avec le Groenland aurait pu provoquer une crise majeure au sein de l’Alliance. Mais ce répit reste fragile. Le chercheur rappelle que les protocoles d’entente n’engagent que ceux qui veulent bien les respecter, et que Donald Trump a déjà montré par le passé qu’il pouvait contourner les engagements pris. En pratique, l’accord apaise les tensions sans les supprimer durablement.

Le contexte militaire confirme cette prudence : cette semaine-là, il y avait quatre fois plus de militaires européens que de militaires américains au Groenland, signe que les Européens anticipaient déjà plusieurs scénarios, y compris des risques liés aux États-Unis, à la Russie ou à la Chine.

Le vrai enjeu : les ressources stratégiques

Le cœur du dossier reste économique et géopolitique. Le Groenland concentre des matières premières essentielles pour les technologies modernes, l’industrie de défense et la transition énergétique. Parmi les 50 matériaux critiques et stratégiques identifiés par les États-Unis, 44 sont présents au Groenland. Du côté européen, 25 des 34 matériaux critiques figurent aussi sur l’île. Cette superposition explique pourquoi Washington et Bruxelles se retrouvent en concurrence directe, malgré leurs intérêts communs sur d’autres sujets.

  • 44 matériaux critiques américains présents au Groenland.
  • 25 matériaux critiques européens également disponibles sur l’île.
  • Concurrence durable entre États-Unis et Europe sur les ressources.

Nuuk et Copenhague renforcent leur marge de manœuvre

Le dernier enseignement est politique : le Danemark et surtout le Groenland ont résisté aux pressions. La gestion des ressources minières relève de la compétence du gouvernement de Nuuk, et cet accord ne remet pas ce principe en cause. Selon Mikaa Blugeon-Mered, les Groenlandais ont réussi à préserver leur droit, leur souveraineté et leurs lignes rouges, avec un appui européen important, notamment français et nordique. L’asymétrie entre la puissance américaine et un territoire bien plus petit n’a donc pas produit l’effet attendu par Donald Trump, ce qui laisse entière la question de l’avenir économique et stratégique du Groenland.


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