
Un scrutin sous le signe de la défiance
Au Maroc, les élections législatives du 23 septembre ont révélé un malaise politique profond. Près de 16 millions d’électeurs étaient appelés à choisir les 395 membres de la Chambre des représentants, mais la participation s’est limitée à 38,02 %, selon le ministère de l’Intérieur. Ce niveau, nettement inférieur à celui de 2021, confirme une tendance préoccupante : une partie importante de la population, et surtout des jeunes, semble s’éloigner des urnes.
Une abstention historiquement élevée
Le recul de la participation frappe d’autant plus qu’il s’agit du plus faible taux enregistré depuis près de 20 ans. En 2021, la participation avait atteint 50,35 %, soit plus de douze points de plus. Pour retrouver un score inférieur, il faut remonter aux législatives de 2007, où le taux n’avait été que de 36,89 %. Ce contraste montre que la mobilisation électorale s’érode, malgré l’importance du scrutin pour la formation du gouvernement et l’équilibre institutionnel du pays.
- 2026 : 38,02 % de participation
- 2021 : 50,35 %
- 2007 : 36,89 %
La jeunesse marocaine au cœur des interrogations
Le vote des jeunes est l’un des principaux points de vigilance de cette élection. Un an après le mouvement de contestation GenZ 212, la fracture entre la jeunesse et les partis politiques paraît plus visible que jamais. Dans plusieurs bureaux de vote, les observateurs ont noté la faible présence des électeurs de moins de 30 ans, alors que cette tranche d’âge représente un enjeu central pour l’avenir démocratique du royaume. La crise migratoire de Ceuta, survenue moins de deux mois plus tôt, a aussi nourri le sentiment d’un malaise social plus large.
- Défiance vis-à-vis des partis traditionnels
- Chômage et inégalités comme préoccupations majeures
- Abstention particulièrement forte chez les moins de 30 ans
Dans les bureaux de vote, des comportements contrastés
À Casablanca, l’ambiance dans un bureau de vote illustre ce décalage générationnel. Ali, une cinquantaine d’années, a tenu à voter en aidant sa mère très âgée à se déplacer. Pour lui, participer est un devoir civique : « On est obligés de voter pour aider le pays ». À l’inverse, Sarah, jeune serveuse, passe devant le bureau sans s’arrêter. Elle estime que le vote ne change rien et dénonce des pratiques de campagne peu convaincantes, comme ces petites rémunérations proposées pour tracter, sans suivi réel une fois les élections terminées. Ce contraste entre engagement et découragement résume bien la tension du moment.
Plusieurs électeurs interrogés ont mis en avant la même idée : l’utilité perçue du vote dépend de la crédibilité des élus et de leur capacité à répondre aux besoins quotidiens. Quand cette confiance s’effrite, l’abstention devient une forme d’expression politique, même silencieuse.
Des promesses de renouvellement encore à prouver
Certains électeurs gardent pourtant un espoir prudent. Mohammed, 36 ans, dit avoir été encouragé par la présence de candidats plus jeunes dans plusieurs partis. Pour lui, ce renouvellement peut améliorer le dialogue politique, car « les jeunes comprennent les jeunes ». Ce constat renvoie à une évolution observable dans plusieurs démocraties : lorsque les partis intègrent davantage de profils issus des nouvelles générations, ils peuvent réduire la distance avec un électorat souvent désengagé.
- Renouvellement des visages dans les listes électorales
- Langage politique plus proche des réalités sociales
- Capacité d’écoute sur l’emploi, le pouvoir d’achat et l’éducation
Un test politique pour la majorité qui se dessine
Au-delà des chiffres, ce scrutin mesure surtout la capacité des futurs élus à rétablir la confiance. La coalition issue des urnes devra répondre à des attentes très concrètes : création d’emplois, réduction des inégalités, amélioration des services publics et écoute de la jeunesse. Dans un contexte de tensions sociales persistantes, le défi est clair : redonner du sens au vote et démontrer que l’action politique peut encore changer le quotidien. Le résultat de ces législatives ne se lit donc pas seulement en sièges, mais aussi dans la relation, fragile, entre citoyens et institutions.
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