Des fonds privés vendus comme des portes d’entrée vers les géants de la tech
La SEC a intensifié sa surveillance des conseillers en fonds privés accusés d’avoir détourné ou mal utilisé des millions de dollars d’investisseurs en leur promettant un accès à des actions pré-IPO de sociétés très convoitées comme OpenAI, SpaceX, SandboxAQ ou Kraken. Selon les autorités, des investisseurs particuliers ont été séduits par la perspective d’entrer tôt au capital de champions de la technologie, alors que, dans plusieurs dossiers, les fonds n’auraient jamais détenu les participations annoncées. Aucun des groupes cités ni leurs dirigeants ne sont accusés d’avoir commis une faute.
Deux affaires, un même schéma présumé de tromperie
Dans deux dossiers dévoilés mercredi, les enquêteurs affirment que des investisseurs, dont des vétérans de la Navy, ont été induits en erreur sur la destination réelle de leur argent. Les promoteurs présentaient leurs véhicules comme des fonds capables d’acheter des parts de sociétés privées très recherchées, tout en diffusant des relevés et messages trompeurs. Les autorités estiment que ce type de promesse exploite la rareté des actions privées et l’attrait des grandes valorisations, dans un contexte où l’accès à ces entreprises est devenu un argument commercial extrêmement puissant.
- Promesse centrale : accès à des titres pré-IPO rares.
- Risque pour l’investisseur : fausses informations sur l’existence réelle des participations.
- Point commun des dossiers : documents et relevés présentés comme rassurants mais contestés par la SEC.
Le cas Meyer Global : des millions levés, des dépenses personnelles mises en cause
La SEC a poursuivi Owen Meyer, 35 ans, et sa société Meyer Global Management devant un tribunal fédéral de Manhattan, en l’accusant d’avoir levé au moins 18,5 millions de dollars auprès de près de 100 investisseurs. Selon la plainte, au moins 1,27 million de dollars auraient été détournés à des fins personnelles. Les enquêteurs affirment notamment qu’une nuit d’avril 2023, Meyer aurait utilisé des fonds de clients pour financer une soirée dans un club de strip-tease, avec plusieurs tentatives de paiement en carte puis des virements successifs depuis un compte alimenté par l’argent des investisseurs.
Les autorités décrivent aussi des transferts de fonds destinés à l’achat d’actions de Playstar, mais finalement versés au gérant du club. Des justificatifs auraient mentionné des dépenses sans rapport, comme des “movie tickets” ou de l’“opera”. Interrogé par la SEC, Meyer aurait invoqué le cinquième amendement. Les enquêteurs parlent d’un prêt sans intérêt non divulgué, car les investisseurs de Playstar auraient été remboursés par la suite.
OpenAI, SpaceX et des participations jamais livrées comme prévu
Dans le même dossier, la SEC soutient que Meyer avait structuré 16 fonds, chacun censé investir dans une seule société pré-IPO, notamment SpaceX et OpenAI. Pour OpenAI, l’agence affirme qu’aucune action n’a finalement été acquise, malgré des apports d’environ 1,1 million de dollars versés par six investisseurs après l’échec d’un projet d’achat. Les autorités estiment que Meyer s’est néanmoins versé environ 168 000 dollars de frais, bien au-delà de ce qui avait été convenu, avec des dépenses allant jusqu’à des travaux d’aménagement paysager à son domicile de New York.
- OpenAI : aucune part obtenue selon la SEC.
- SpaceX : annonces de clôture jugées trompeuses par les autorités.
- Usage des fonds : frais excessifs, achats personnels, virements privés.
La SEC ajoute que certains fonds SpaceX auraient perdu leur participation après des défauts de paiement liés à des appels de capital, tandis que d’autres sommes auraient été transférées vers le compte personnel de Meyer, puis dépensées chez Bloomingdale’s, Amazon ou envoyées à un membre de sa famille. Le régulateur demande désormais une interdiction d’exercer, des restitutions et des sanctions financières.
Beyond Alpha Ventures : un discours sur les rendements qui s’effondre
Le second dossier vise Christopher Dinelli, ancien officier de marine de 34 ans, et Jacob Frankel, 32 ans, accusés d’avoir escroqué 35 investisseurs pour plus de 8,7 millions de dollars via leur société Beyond Alpha Ventures. La SEC affirme que leur communication commerciale mentionnait à tort SpaceX et xAI comme actifs détenus, alors que les fonds n’auraient jamais eu d’exposition réelle à ces entreprises. Les promoteurs auraient également vanté un fonds de trading affichant 153 % de rendement net, tout en promettant un accès à Kraken et SandboxAQ.
Selon l’enquête, le fonds de trading aurait pourtant enregistré des pertes pendant 13 mois sur 14, et moins de la moitié des près de 6 millions de dollars levés pour les opérations pré-IPO auraient réellement servi à ces achats. Le reste aurait été absorbé par des paris spéculatifs sur options, eux-mêmes perdants. Les autorités disent aussi que de faux relevés auraient été envoyés aux investisseurs, y compris à un couple de vétérans à qui Dinelli aurait remis un document prétendant que leur placement de 750 000 dollars valait désormais 4,1 millions.
Conséquences judiciaires, défense des accusés et vigilance accrue des régulateurs
Les enquêteurs accusent Dinelli d’avoir détourné plus de 1 million de dollars, notamment pour financer un film documentaire, tandis que Frankel serait impliqué dans plus de 340 000 dollars de détournements, en partie utilisés pour des opérations de trading et pour rémunérer son avocat pénaliste. Frankel a nié les accusations, les qualifiant de “complètement fausses”, et affirme que la vérité ressortira au procès. La SEC rappelle toutefois qu’il avait été condamné en mars 2026 pour vol aggravé et usurpation d’identité, une information qu’il aurait omise dans ses déclarations réglementaires.
- Chef d’accusation : fraude sur valeurs mobilières, fraude électronique, complot.
- Point sensible : fausses déclarations sur les actifs détenus et les performances.
- Enjeu pour les investisseurs : vérifier la réalité des participations, des audits et des relevés.
Ces affaires illustrent une tendance plus large : les autorités américaines resserrent l’étau autour des fonds privés qui utilisent la rareté des actions pré-IPO comme argument commercial. À mesure que la demande explose pour des noms comme OpenAI, SpaceX ou d’autres entreprises à forte valorisation, la frontière entre opportunité légitime et présentation trompeuse devient un point de contrôle majeur pour les régulateurs, qui cherchent à protéger les épargnants contre les promesses séduisantes mais difficiles à vérifier.
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