
Un phénomène radical au cœur de la colonisation
Les « jeunes des collines » représentent aujourd’hui l’expression la plus agressive de la colonisation israélienne illégale en Cisjordanie occupée. Composés de colons très jeunes, souvent âgés de moins de 30 ans, ils s’installent sans autorisation sur des terres palestiniennes afin de créer de petits avant-postes. Leur méthode est simple mais redoutable : occuper un terrain, y bâtir une présence durable, puis ouvrir la voie à des implantations plus vastes. Ce mouvement s’inscrit dans une logique d’extension territoriale nourrie par un discours ultranationaliste et religieux, qui transforme l’occupation en mission idéologique.
Une stratégie d’installation progressive et illégale
Ces groupes ne cherchent pas seulement à vivre sur un territoire disputé : ils visent à modifier le rapport de force sur le terrain. En multipliant les avant-postes, ils créent des points d’ancrage qui fragilisent les villages palestiniens voisins. Leur action repose souvent sur des faits très concrets :
- installation de caravanes ou de cabanes sur des collines isolées ;
- présence continue pour empêcher tout retour rapide des propriétaires palestiniens ;
- extension graduelle vers des zones plus larges ;
- pression quotidienne sur les habitants des alentours.
Cette tactique s’inscrit dans une colonisation de terrain où chaque implantation illégale devient une base pour d’autres expansions, avec des conséquences directes sur la mobilité, l’accès aux terres agricoles et la sécurité des populations palestiniennes.
Une idéologie façonnée par l’école et le religieux
Leur radicalité ne naît pas dans un vide politique. Selon des spécialistes cités dans l’article, l’essor de ce mouvement est lié à la place croissante d’une idéologie coloniale dans le système éducatif israélien religieux. Arie Perliger souligne que cette vision a pénétré les écoles primaires, les lycées et les yeshivas, où elle est transmise à plusieurs générations d’élèves. L’idée centrale est que Israël doit conserver le contrôle de la Cisjordanie, non comme un simple choix stratégique, mais comme un impératif historique et religieux.
Ce cadre idéologique produit des jeunes persuadés de participer à une cause supérieure. Dans cette logique, l’éducation ne se limite plus à l’apprentissage ; elle devient un outil de mobilisation. Les élèves formés dans cet environnement peuvent ensuite devenir, selon cette analyse, des acteurs du projet colonial, parfois prêts à l’action directe contre les Palestiniens mais aussi contre l’État lorsqu’il freine leur agenda.
Une violence en hausse après le 7 octobre 2023
Depuis les attaques du 7 octobre 2023, le phénomène s’est encore durci. Les « jeunes des collines » ont gagné en visibilité et en assurance, profitant de l’arrivée au pouvoir de ministres partageant une partie de leurs idées. Cette proximité avec certains relais politiques leur donne le sentiment que leur projet avance, malgré les critiques internationales. Ils vont jusqu’à accuser l’armée israélienne de ne pas agir assez vite pour favoriser l’annexion de la Cisjordanie.
Les violences signalées prennent plusieurs formes, avec des effets durables sur les communautés palestiniennes :
- attaques nocturnes contre des maisons et des champs ;
- incendies de véhicules et de biens privés ;
- intimidation des familles et des agriculteurs ;
- destruction d’infrastructures rurales ;
- déplacements forcés de certains habitants.
Des chiffres alarmants et difficiles à vérifier
Un message consulté par l’AFP sur un groupe WhatsApp lié au mouvement évoque, sur les douze derniers mois, 635 attaques dans 158 villages palestiniens, ainsi que 409 blessés et 436 voitures incendiées. Ces données ne peuvent pas être vérifiées indépendamment, mais elles donnent la mesure d’une violence persistante. Même sans validation complète, elles correspondent à de nombreux témoignages locaux faisant état d’un climat d’insécurité récurrent dans plusieurs zones de Cisjordanie.
Le problème majeur reste l’impunité. Les auteurs de ces exactions sont rarement poursuivis, ce qui alimente le sentiment qu’ils peuvent agir sans réelle conséquence. Dans un tel contexte, les victimes peinent à obtenir protection et réparation, tandis que les tensions entre colons, Palestiniens et forces de sécurité s’enracinent dans la durée.
Sanctions, critiques internationales et fractures internes
Face à cette escalade, plusieurs pays, dont les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, ont adopté des mesures ciblant certains produits issus des colonies. Ces décisions visent à répondre à la violence des colons et à la poursuite de l’expansion des implantations illégales. Elles ont provoqué une vive réaction d’Israël, qui y voit une forme de pression politique. En parallèle, des voix israéliennes commencent à marquer leur distance avec les groupes les plus radicaux.
Fin 2025, trois conseils locaux ont affiché une ligne de tolérance zéro envers les « jeunes des collines », signe que même au sein du camp des colons, les fractures existent. Cette prise de distance révèle un fait important : le mouvement n’est pas seulement un problème sécuritaire, il est aussi devenu un enjeu politique, juridique et moral. Pour les villages palestiniens touchés, chaque attaque renforce une réalité déjà connue : la violence des colons ne relève pas d’incidents isolés, mais d’un système plus large, où idéologie, soutien institutionnel et impunité se renforcent mutuellement.
En savoir plus sur L'ABESTIT
Subscribe to get the latest posts sent to your email.





