La bulle d’investissement IA menace actions et croissance du PIB

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1. Un boom de l’IA qui a déjà dopé les marchés

Les investisseurs ont déjà subi un net revers récemment, mais selon Capital Economics, la pression pourrait encore s’intensifier à mesure que le cycle d’investissement dans l’IA ralentit. L’enjeu est simple : pendant plusieurs trimestres, les dépenses massives des grands groupes technologiques ont soutenu les marchés boursiers, les valorisations et même la croissance américaine. Pourtant, cet élan repose sur une hypothèse centrale : les revenus futurs générés par l’IA devront suivre le rythme des investissements, ce qui n’est pas garanti.

2. Des dépenses colossales qui posent une question de rentabilité

La stratégie actuelle des géants du cloud, souvent appelés hyperscalers, reste spectaculaire. Selon l’estimation citée, ils devraient dépenser 800 milliards de dollars cette année, soit environ deux fois plus qu’un an plus tôt, avant de dépasser potentiellement 1 000 milliards de dollars en 2027. Le problème est que ces montants exigent une croissance des revenus tout aussi impressionnante. Vicky Redwood, cheffe économiste chez Capital Economics, estime que les recettes annuelles liées à l’IA, générées auprès de clients externes, devraient être multipliées par dix d’ici 2030 pour justifier de tels niveaux de dépenses.

  • 800 milliards de dollars de dépenses prévues cette année.
  • 1 000 milliards de dollars ou plus visés en 2027.
  • Nécessité d’une forte hausse des revenus pour équilibrer l’investissement.

3. Une croissance économique toujours portée, mais moins longtemps

L’IA ne disparaîtra pas du paysage économique, loin de là. Capital Economics considère qu’elle continuera à améliorer la productivité, mais à un rythme plus modéré qu’aujourd’hui. Le raisonnement est le suivant : l’investissement devrait encore augmenter l’an prochain, mais de manière plus lente, avant de reculer d’environ 10 % en 2028. Or, cette inflexion compte déjà pour l’économie réelle. Redwood rappelle que la hausse des dépenses liées à l’IA a ajouté 0,3 point à la croissance du PIB américain l’an dernier. Un ralentissement de ces dépenses pourrait donc retrancher une part équivalente de croissance, et un repli de 10 % pourrait retirer environ 0,1 % au PIB.

  • Ralentissement attendu des dépenses dès l’année prochaine.
  • Recul potentiel de 10 % en 2028.
  • Impact mesurable sur le PIB américain.

4. Des effets plus marqués en Asie qu’aux États-Unis

Le choc ne serait pas uniforme. Les économies asiatiques fortement exposées à la chaîne de valeur de l’IA pourraient subir une correction plus nette. Selon l’analyse, la croissance réelle de Taiwan serait inférieure d’environ 3 points de pourcentage l’an prochain, tandis que celle de la Corée du Sud serait amputée d’environ 1 point, avec une nouvelle pression en 2028. Ces pays dépendent davantage des exportations de semi-conducteurs, d’équipements électroniques et de composants essentiels à l’infrastructure de l’IA, ce qui les rend plus sensibles à un ralentissement des dépenses d’investissement.

  • Taiwan : impact estimé à -3 points de croissance.
  • Corée du Sud : impact estimé à -1 point.
  • Risque prolongé sur les chaînes d’approvisionnement technologiques.

5. Les marchés actions pourraient anticiper la baisse avant l’économie

Les Bourses ne réagissent pas seulement aux profits présents ; elles intègrent aussi les perspectives futures. C’est pourquoi Redwood pense que le marché pourrait anticiper assez tôt la baisse à venir des dépenses en IA. Elle estime que le S&P 500 pourrait se situer 12 % sous son niveau actuel fin 2027, soit environ 17 % sous son pic de début octobre. Les indices très exposés à la technologie pourraient subir des replis encore plus marqués. À cela s’ajoute un risque de durcissement des conditions financières : une hausse des prix de l’énergie ou des primes de terme pourrait rendre le financement des projets plus coûteux.

  • Repli anticipé du S&P 500 à l’horizon 2027.
  • Pression accrue sur les indices à forte composante technologique.
  • Risque de financement plus difficile en cas de conditions monétaires tendues.

6. Un ralentissement, pas un effondrement, de l’IA et de l’économie

Malgré ces signaux d’alerte, Capital Economics ne table pas sur un effondrement brutal. L’idée centrale est plutôt celle d’un ajustement vers un rythme plus soutenable. Les grands groupes technologiques pourraient continuer à investir pour remplacer du matériel amorti, gagner en efficacité et rester compétitifs dans une course où le vainqueur rafle souvent l’essentiel des bénéfices. Même après un ralentissement, l’IA devrait continuer à se diffuser dans l’économie, soutenir la productivité et accompagner la croissance. Redwood estime même que l’IA pourrait augmenter la productivité américaine d’environ 1 % par an pendant plusieurs années.

En d’autres termes, le scénario avancé n’est pas celui d’une crise majeure provoquée par l’IA, mais celui d’une transition d’un cycle d’investissement exceptionnel vers une phase plus normale. La croissance américaine pourrait ralentir en 2028, sans basculer nécessairement dans une récession. Les précédents historiques montrent qu’un boom puis un repli des dépenses d’investissement peut fragiliser l’activité, comme lors de l’éclatement de la bulle internet au début des années 2000, mais la seule baisse des capex ne suffit pas toujours à provoquer un retournement complet de l’économie.


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