
Gaza : quand le bois remplace la tente pour survivre
À Gaza, où près de 1,4 million de personnes restent déplacées après la guerre déclenchée au lendemain des massacres du 7 octobre 2023, la recherche d’un abri plus digne devient une urgence quotidienne. Dans le quartier de Sheikh Radwane, près de la ville de Gaza, un entrepreneur a choisi une solution inattendue : fabriquer des maisons mobiles en bois pour remplacer les tentes, trop fragiles face au froid, à la poussière et aux intempéries.
Une réponse artisanale à une crise humanitaire massive
L’idée de ces structures mobiles s’inscrit dans un contexte de pénuries extrêmes. Les matériaux de construction sont rares, chers et parfois récupérés via des circuits complexes liés à l’aide humanitaire. Le menuisier Ammar Abu Shareq conçoit des unités d’environ 21 mètres carrés, renforcées par des barres de fer et un plafond métallique afin d’assurer un minimum de stabilité. Cette solution ne règle pas la crise du logement, mais elle offre une alternative plus résistante qu’une tente classique.
- Surface moyenne : environ 21 m²
- Structure : bois, fer et métal
- Objectif : améliorer l’abri des familles déplacées
Des matériaux rares et des prix qui explosent
La fabrication de ces caravanes en bois révèle aussi l’ampleur de la crise économique. Ammar Abu Shareq explique acheter son bois auprès d’entreprises qui se fournissent chez des bénéficiaires de l’aide humanitaire. Résultat : chaque panneau coûte beaucoup plus cher que sa valeur initiale, parfois dix fois plus. Selon ses calculs, il faut environ 1 000 pièces pour fabriquer une caravane complète, ce qui fait grimper la facture à des niveaux inaccessibles pour beaucoup de familles.
- Un panneau peut coûter 100 shekels
- Une latte de bois revient à environ 3,50 shekels
- La rareté des matériaux alimente une forte inflation locale
Le choix douloureux d’une famille déplacée
Parmi ceux qui se tournent vers cette solution, Hussein, déplacé avec sa femme et ses deux enfants, a pris une décision radicale : investir toutes ses économies dans une caravane. Après avoir fui sa maison, il a vécu sous une tente, exposé au froid de l’hiver, à la poussière et aux rongeurs. Sa situation devient encore plus difficile avec une fille malade, incapable de supporter ces conditions précaires. Pour lui, la caravane représente un refuge plus stable, même si elle reste très coûteuse.
La construction a nécessité 20 jours de travail et un budget d’environ 12 000 dollars. Pour réunir cette somme, Hussein a vendu tous ses biens et même les bijoux de son épouse, illustrant l’ampleur des sacrifices imposés par le déplacement forcé.
Pourquoi cette alternative attire-t-elle autant ?
Dans un environnement où les tentes se dégradent vite et où les abris permanents sont hors de portée, ces maisons mobiles répondent à plusieurs besoins concrets. Elles protègent mieux du froid, réduisent l’exposition à la poussière et offrent un peu plus d’intimité à des familles souvent entassées dans des camps ou des terrains improvisés. Pour des parents confrontés à la maladie, à la promiscuité et à l’insécurité, le moindre gain de confort compte énormément.
- Meilleure protection contre le vent et le froid
- Moins de nuisibles que dans une tente
- Plus d’intimité pour les familles
Un symbole de résilience, mais pas une solution durable
Ces abris en bois témoignent d’une ingéniosité locale face à une crise humanitaire prolongée. Ils montrent aussi les limites des ressources disponibles à Gaza, où chaque amélioration a un coût élevé et où les familles déplacées doivent souvent arbitrer entre survie immédiate et endettement. Cette initiative ne remplace ni un logement stable ni un véritable plan de reconstruction, mais elle révèle la capacité des habitants à inventer des solutions dans un contexte de privation extrême.
- Innovation locale face à la pénurie
- Coût élevé qui limite l’accès à ces structures
- Réponse temporaire à une situation humanitaire prolongée
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