À Paris, Maha Al-Daya brode la mémoire de Gaza

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Une mémoire brodée face à l’exil

Réfugiée en France, Maha Al-Daya a quitté Gaza après le début des bombardements massifs qui frappent l’enclave palestinienne depuis octobre 2023. Dans son travail, elle transforme une expérience de fuite et de perte en un geste artistique puissant : elle reproduit en broderie les cartes d’évacuation diffusées par l’armée israélienne. Ce choix n’est pas anodin. Il associe une technique traditionnelle, transmise de génération en génération, à un document lié à la guerre, afin de fixer dans la matière textile la violence d’un quotidien bouleversé.

La broderie comme langage de résistance

La pratique de Maha Al-Daya s’inscrit dans une longue histoire de la broderie palestinienne, souvent considérée comme un marqueur identitaire fort. En reproduisant des cartes d’évacuation sur tissu, elle détourne un support habituellement associé à l’art décoratif pour en faire un espace de témoignage. Son travail rappelle que l’art peut être un outil de résistance culturelle, capable de porter la mémoire collective lorsque les archives matérielles, les maisons et les repères géographiques disparaissent sous les bombes.

  • Support choisi : le tissu, symbole de continuité et de transmission.
  • Motif reproduit : les cartes d’évacuation, signes d’urgence et de déplacement forcé.
  • Effet recherché : préserver une trace sensible du vécu des Gazaouis.

Des cartes d’évacuation transformées en œuvre d’art

Les cartes d’évacuation distribuées pendant les opérations militaires sont conçues pour indiquer des zones à quitter rapidement, souvent dans des délais très courts. En les brodant, Maha Al-Daya leur retire leur seule fonction utilitaire et les transforme en objets de mémoire. Ce geste permet de mettre en lumière la réalité de l’exil forcé, l’instabilité permanente et l’angoisse qui accompagnent les déplacements imposés à des familles entières. Chaque point de fil devient alors une manière de retenir ce qui, dans la guerre, tend à s’effacer trop vite.

Des exemples concrets de cette démarche

  • Une carte indiquant une zone à évacuer peut devenir une pièce textile minutieusement cousue.
  • Les contours géographiques sont recréés avec précision, comme pour préserver un territoire menacé.
  • Le fil remplace le papier, plus fragile, et donne au document une durée presque symbolique.

Gaza, l’exil et la perte des repères

Depuis octobre 2023, la population de Gaza vit sous une pression extrême, marquée par les bombardements, les déplacements répétés et la destruction d’infrastructures essentielles. Pour une personne exilée comme Maha Al-Daya, l’éloignement géographique n’efface pas le choc vécu. Au contraire, il renforce le besoin de conserver un lien avec la terre d’origine. Son travail dit quelque chose d’essentiel : quand un lieu est fragmenté, quand les rues, les maisons et les quartiers disparaissent, l’art devient un moyen de retenir la mémoire du territoire.

Une œuvre entre témoignage et transmission

La force du projet de Maha Al-Daya tient aussi à sa dimension de témoignage. Ses broderies ne cherchent pas seulement à illustrer l’actualité : elles enregistrent une réalité humaine, celle des civils confrontés à l’urgence de partir. En cela, elles fonctionnent comme des documents sensibles, capables de parler à ceux qui connaissent Gaza de près comme à ceux qui la découvrent à travers les récits de guerre. La transmission passe ici par la matière, par le geste patient de l’aiguille, et par le choix d’un art associé à la continuité familiale et communautaire.

  • Dimension intime : un vécu personnel transformé en œuvre partagée.
  • Dimension collective : une mémoire qui dépasse l’histoire individuelle.
  • Dimension symbolique : le fil comme lien entre passé, présent et avenir.

Quand l’art devient archive vivante

En brodant les cartes d’évacuation, Maha Al-Daya crée une archive vivante de la guerre et de l’exil. Son travail rappelle que les récits des populations déplacées ne se limitent pas aux mots : ils peuvent aussi passer par les formes, les textures et les gestes répétés. Cette démarche, à la fois artistique et mémorielle, fait dialoguer l’héritage de la broderie palestinienne avec les réalités contemporaines de Gaza. Elle ancre sur la toile non seulement la trace d’un événement tragique, mais aussi la volonté de survivre, de se souvenir et de faire exister une terre malgré l’éloignement.


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