
Deux lauréats malgaches distingués à Antananarivo
Nadia Razafimahatratry, journaliste de 34 ans, et Yves Ramarosandratana, technicien de 32 ans, ont remporté la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon 2026 à Madagascar. L’annonce a été faite le 2 novembre à l’Institut français d’Antananarivo, à l’issue d’une sélection qui a mis en avant leur maîtrise du reportage et du traitement du son. Cette distinction, décernée chaque année par RFI depuis 2014, perpétue la mémoire de deux journalistes assassinés au Mali en 2013.
Une formation exigeante pour révéler les meilleurs profils
Cette 13e édition était ouverte aux professionnels malgaches en activité depuis au moins deux ans et âgés de moins de 35 ans. Cinq journalistes et cinq techniciens ont participé à deux semaines d’ateliers organisés dans les locaux de l’Office de la radio et de la télévision publique de Madagascar, partenaire de l’événement. L’objectif était clair : tester à la fois la rigueur journalistique, l’aptitude à raconter une histoire et la capacité technique à produire un contenu sonore solide.
- Journalistes : réalisation d’un reportage sur le thème « Dialogue et tolérance »
- Techniciens : création d’un sujet sonore sur les savoir-faire et métiers artisanaux à Madagascar
- Encadrement : ateliers pratiques et évaluation par un jury de professionnels
Le reportage de Nadia Razafimahatratry, un sujet sensible et rare
Le travail de Nadia Razafimahatratry, intitulé « Le huis clos des violences conjugales à Madagascar », a retenu l’attention du jury par sa profondeur et sa portée sociale. Le reportage donne la parole à des femmes confrontées aux violences conjugales dans un contexte où le silence reste souvent la norme. Le jury a salué un sujet qui « lève le voile sur une réalité encore taboue et peu médiatisée », ainsi que la qualité de l’écriture et la force des témoignages recueillis dans un quartier difficile de la capitale.
Le sujet s’inscrit dans une problématique documentée à Madagascar, où les violences faites aux femmes restent un enjeu majeur de santé publique et de justice sociale. En abordant ce thème sous l’angle du terrain, la journaliste a montré qu’un bon reportage ne se limite pas à décrire un phénomène : il permet aussi de comprendre les mécanismes du silence, les obstacles à la plainte et le rôle des associations qui tentent de briser l’isolement des victimes.
- Thème central : violences conjugales et tabou social
- Point fort : témoignages directs et immersion de terrain
- Intérêt journalistique : traitement d’un sujet peu visible dans l’espace public
Yves Ramarosandratana, la précision du son au service du récit
De son côté, Yves Ramarosandratana a été récompensé pour « Forgeron, le sculpteur de métal », un sujet qui met en valeur le savoir-faire artisanal à Madagascar. Le jury, présidé par Mounia Daoudi et composé de sept autres professionnels, a souligné la qualité de la prise de son, du mixage et de la construction narrative. Ingénieur en électronique et spécialisé dans la production multimédia, le lauréat a su transformer un sujet de terrain en expérience d’écoute précise et immersive.
Le reportage plonge à Mangatany, à 35 kilomètres à l’ouest d’Antananarivo, où le bruit du fer forgé accompagne la fabrication d’outils agricoles. On y découvre un artisan, René, en train de façonner une charrue tirée par des bœufs, objet toujours utile dans l’économie rurale malgache. Ce type de production sonore rappelle l’importance du documentaire radio pour transmettre des ambiances, des gestes et des mémoires professionnelles souvent invisibles.
- Lieu : Mangatany, près d’Antananarivo
- Ambiance sonore : martèlement du métal, sons d’atelier, récit incarné
- Enjeu : valorisation d’un métier traditionnel et de son héritage
Une bourse qui ouvre une porte vers Paris
Les deux lauréats bénéficieront d’une formation de quatre semaines à Paris, entièrement prise en charge par RFI, au cours du premier trimestre 2027. Cette étape représente une opportunité importante pour renforcer leurs compétences, rencontrer des professionnels expérimentés et découvrir de nouvelles méthodes de production. Dans un paysage médiatique en mutation rapide, ce type d’accompagnement peut faire la différence pour de jeunes talents souhaitant consolider leur pratique et élargir leur horizon professionnel.
Au-delà du prix lui-même, la bourse constitue un tremplin vers des standards internationaux en matière de journalisme et de technique sonore. Elle récompense non seulement un résultat, mais aussi une capacité à observer, écouter et raconter avec précision. Pour les lauréats, cette reconnaissance peut ouvrir des perspectives concrètes dans la radio, le reportage de terrain et la narration sonore.
Un hommage durable à Ghislaine Dupont et Claude Verlon
Créée en mémoire de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, la bourse rappelle chaque année le travail de ces deux journalistes de RFI assassinés le 2 novembre 2013 à Kidal, dans le nord du Mali. Enlevés puis exécutés par un commando lié à al-Qaïda au Maghreb islamique, ils se trouvaient en reportage lorsqu’ils ont été pris pour cible. Depuis 2014, cette initiative perpétue leur engagement professionnel en soutenant de jeunes journalistes et techniciens africains.
L’édition 2026 a été organisée avec plusieurs partenaires, dont l’École de journalisme de Sciences Po, l’INA, l’ORTM et les Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Ce réseau d’institutions souligne l’importance de la formation, de la transmission et de la mémoire dans le journalisme africain francophone. Chaque lauréat ne reçoit pas seulement une distinction : il rejoint aussi une chaîne de professionnels attachés à un journalisme rigoureux, humain et ancré dans le réel.
En savoir plus sur L'ABESTIT
Subscribe to get the latest posts sent to your email.




