
Un procès historique pour le massacre de Ngarbuh
Le 14 février 2020, le village de Ngarbuh dans la région du Nord-Ouest du Cameroun a été le théâtre d’un massacre qui a coûté la vie à une vingtaine de civils, dont une dizaine d’enfants. Après des mois de dénégations et d’explications contradictoires par l’armée (niant d’abord la tuerie, puis évoquant un « malheureux accident »), la pression nationale et internationale a poussé le président Paul Biya à ordonner une enquête. Le tribunal militaire s’est finalement prononcé sur la culpabilité de quatre militaires reconnus coupables d’assassinat, marquant un tournant dans la recherche de vérité sur ces événements.
Ce que dit la décision judiciaire
La décision du tribunal militaire porte sur la responsabilité directe de quatre soldats impliqués dans le massacre. Cette condamnation constitue, selon des observateurs, un premier pas contre l’impunité, en reconnaissant devant la justice la culpabilité d’agents des forces de défense et de sécurité. Exemples précis :
- Reconnaissance juridique du délit d’assassinat pour quatre militaires.
- Prise en compte des témoignages et des éléments d’enquête initiaux poussés par la communauté internationale.
- Réaffirmation du rôle du tribunal militaire dans les atteintes commises en contexte de conflit interne.
Les limites pointées par les ONG et experts
Human Rights Watch, via la chercheuse Illaria Allegrozi, a salué la décision tout en soulignant des manques importants : aucun officier supérieur n’a été inculpé, et des miliciens désignés comme complices restent, pour l’heure, majoritairement en liberté. Points clés mis en évidence :
- Absence d’inculpation des commandants supérieurs pouvant avoir donné ou couvert des ordres.
- Une partie des miliciens identifiés (17 personnes) n’a pas été neutralisée juridiquement malgré des accusations de meurtre.
- Risques de message d’impunité si la chaîne de commandement n’est pas engagée.
Implications pour la lutte contre l’impunité
La condamnation des soldats offre un précédent judiciaire utile pour la lutte contre les exactions en zones de conflit. Toutefois, pour transformer ce précédent en véritable levier de responsabilisation, plusieurs éléments restent à traiter :
- Ouverture d’enquêtes indépendantes visant les officiers supérieurs et les cadres ayant autorité sur les unités impliquées.
- Garanties de protection des témoins et des victimes afin d’assurer des procès complets et transparents.
- Sanctions effectives et traçabilité des peines pour éviter que les condamnés restent, de fait, hors d’atteinte.
Conséquences politiques et sociales
Sur le plan politique, ce procès ouvre le débat sur la responsabilité de l’État et sur la crédibilité des engagements pris au niveau international. Socialement, il s’agit d’un moment sensible pour les communautés affectées : certains y verront une forme de reconnaissance et de réparation symbolique, d’autres une justice incomplète tant que les hauts gradés ne sont pas mis en cause. Exemples d’effets potentiels :
- Renforcement de la confiance auprès de victimes si des suites concrètes sont données.
- Risque d’aggravation des tensions locales si les perceptions d’impunité persistent.
- Pression accrue des ONG et de la communauté internationale pour des enquêtes plus larges.
Voies possibles pour avancer vers la vérité
Pour que le procès de Ngarbuh ne reste pas un acte isolé, plusieurs mesures pratiques peuvent être envisagées afin d’approfondir la recherche de la vérité et d’assurer la responsabilité à tous les niveaux :
- Enquêtes complémentaires indépendantes ciblant la chaîne de commandement et les milices impliquées.
- Mise en place de mécanismes de réparation pour les familles des victimes (aide financière, commémorations, garanties de sécurité).
- Renforcement de la formation et du contrôle des forces armées pour prévenir la répétition d’exactions.
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