
Un verdict lourd pour un spécialiste du pastoralisme
Joseph Figueira Martin, chercheur belgo-portugais et consultant pour une ONG américaine, a été condamné le 4 novembre 2025 à 10 ans de travaux forcés par la Cour criminelle de Bangui. Arrêté en mai 2024 par des paramilitaires affiliés au groupe Wagner, il faisait face à sept chefs d’inculpation ; deux d’entre eux ont été retenus : complicité d’association de malfaiteurs et atteinte à la sécurité de l’État. Sa détention avait duré près de dix-sept mois avant ce jugement.
Le contexte professionnel et humanitaire
Spécialiste des transhumances et du pastoralisme, Joseph travaillait dans l’est de la Centrafrique sur des projets visant à réduire la pauvreté et à prévenir la violence fondée sur le genre. Son rôle comprenait :
- l’étude des mouvements saisonniers des troupeaux ;
- la conception de programmes de résilience économique pour les ménages vulnérables.
Selon l’ONG employeuse, ses activités étaient de nature technique et humanitaire, visant à atténuer les conflits intercommunautaires récurrents dans la région.
Les accusations et leur portée
Après son arrestation, les autorités et les forces associées à Wagner l’ont présenté comme un espion pour les États‑Unis, en s’appuyant sur ses contacts avec des groupes armés locaux. Le tribunal a finalement retenu deux chefs principaux, qui impliquent :
- une mise en cause de ses relations avec des acteurs armés ;
- une accusation d’atteinte à la sécurité nationale justifiant une condamnation sévère.
La nature exacte des preuves ayant conduit à la condamnation n’est pas détaillée publiquement, ce qui soulève des interrogations sur la transparence du dossier.
Les réactions de la famille et de la défense
La famille de Joseph dénonce un immense malentendu et affirme que le dossier est vide, parlant d’une possible instrumentalisation de la justice. L’avocat de la défense a annoncé l’intention de se pourvoir en cassation. Exemples concrets cités par la défense :
- documents de travail humanitaire interprétés comme preuves d’allégeance ;
- témoignages de bénéficiaires locaux attestant de son rôle technique et non militaire ;
- absence d’éléments matériels publics démontrant un lien direct avec des services de renseignement étrangers.
Conséquences locales et internationales
La condamnation a des répercussions multiples :
- pour les projets de développement locaux : interruption ou ralentissement des programmes de pastoralisme ;
- pour la sécurité juridique des opérateurs humanitaires : climat de défiance et crainte d’arrestations ;
- sur le plan diplomatique : tensions potentielles entre la République centrafricaine et les pays concernés par la nationalité ou l’affiliation du condamné.
Des ONG présentes dans la région pourraient revoir leurs protocoles de sécurité et de documentation pour mieux se prémunir contre des interprétations judiciaires contradictoires.
Voies de recours et enjeux futurs
La défense envisage la cassation, qui pourrait porter le dossier devant des juridictions supérieures et prolonger la procédure. Points clés à suivre :
- la décision de la Cour de cassation et son calendrier ;
- éventuels éléments nouveaux ou expertises indépendantes susceptibles de modifier l’appréciation des faits ;
- l’impact de cette affaire sur la sécurisation des activités humanitaires et sur la perception internationale des procès en Centrafrique.
Cet épisode illustre les tensions entre enjeux sécuritaires et activités humanitaires dans les zones de conflit, et pose la question de la protection juridique des experts et opérateurs internationaux en contexte fragile.
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