
Un spectacle inattendu au sommet
Sur le flanc du Jade Dragon Snow Mountain et dans la vaste prairie alpine nommée Yunshanping (Spruce Meadow), la photographe britannique Catherine Hyland a découvert en octobre 2024 une scène surprenante : des centaines de couples en tenue de mariage occidentale, robes blanches et costumes noirs, dispersés à plus de 3 200 mètres d’altitude. L’image est paradoxale : des mariées arrangées comme des fleurs au milieu de la pelouse, souvent tournées dos au panorama, créant un décor presque surréaliste. Exemples précis : une mariée voilée assise devant un sac de shopping, absorbée par son téléphone ; des équipes de maquillage et d’éclairage entourant chaque couple.
- Lieu : Yunshanping, Jade Dragon Snow Mountain.
- Altitude : environ 10 600 pieds (3 200 m) pour la prairie.
- Scène : mariées en blanc disposées en cercle comme des nuages au sol.
Un geste photographique et des choix techniques
Hyland travaille principalement avec des appareils argentiques en formats moyen et grand, privilégiant des prises de vue souvent à distance qui saisissent la mise en scène collective plutôt que les portraits serrés. Son approche rend visible la tension entre le spectaculaire et le quotidien : des images documentaires qui restent stylisées par le choix du film et du cadrage. Exemples : compositions larges montrant la répétition des robes blanches ; profondeur de champ contrôlée pour isoler les figures humaines au sein du paysage.
- Supports : film moyen et grand format.
- Style : plans larges, distance contemplative.
- Effet : transformation du paysage en scène chorale.
Tourisme, tradition et économie locale
Les scènes de Hyland rendent visibles les mécanismes économiques et culturels qui transforment la campagne : le tourisme de mariage est devenu une source de revenus structurée — équipes professionnelles, maquillages, transports — imbriquée avec des éléments traditionnels comme les costumes de la minorité Bai. Ce tourisme crée des images attendues par les visiteurs et alimente l’économie locale, parfois au détriment d’une immersion authentique dans la nature. Exemples concrets : trains touristiques miniatures, animaux soignés pour l’attrait visuel, objets de mise en scène pour photographies.
- Activités : séances photo organisées, services sur place.
- Contradictions : agriculture encore pratiquée mais complétée par des attractions.
- Conséquence : paysage rural transformé en décor commercial.
Dali : mutations urbaines et nostalgie rurale
Autour de Dali, une petite ville devenue destination touristique, Hyland observe plusieurs strates historiques : lieu de refuge pour routards dans les années 1990, puis destination nationale au tournant des années 2000, et aujourd’hui une ville où cohabitent tourisme de masse et tentatives de retour à la simplicité. Ses photographies montrent yaks soignés pour le folklore, costumes traditionnels portés pour les regards, et façades patinées rappelant la mémoire locale. Exemples : boutiques transformées en cafés pour visiteurs, marchés adaptant l’offre aux attentes touristiques.
- Évolution : backpackers → tourisme domestique → exode urbain inversé.
- Iconographie : éléments ethniques mis en avant pour les photos.
- Tension : préservation vs. adaptation commerciale.
Jeunes, « tang ping » et la quête d’un autre rythme
Hyland documente également la présence de jeunes citadins venus chercher une vie différente : le phénomène du tang ping, ou « se coucher à plat », illustre la volonté d’échapper au modèle de travail 996 (9 h–21 h, six jours sur sept) et de rechercher un quotidien moins soumis à la compétition. Mais cette désertion des villes est ambivalente : beaucoup restent fragiles économiquement et socialement, oscillant entre aspiration à la nature et confort urbain. Exemples : jeunes installés dans des cafés type Starbucks en bordure de paysages agricoles ; colocations créatives mêlant anciens et nouveaux habitants.
- Mouvement : départs non définitifs vers la campagne.
- Motivation : recherche d’un rythme de vie moins contraint.
- Dilemme : idéalisation de la nature vs dépendance aux infrastructures touristiques.
Solitude, images et trajectoires incertaines
Les photographies de Hyland traduisent une solitude partagée : espaces vides colorés, manège désert, façades traditionnelles qui s’estompent sous le soleil — autant d’indices d’un paysage en transition après la grande migration vers les villes. En mai 2025, elle revient avec sa fille Sofia, et cette présence enfantine modifie ses interactions : empathie accrue, consentement des sujets pour les portraits, regard personnel sur le mariage et les attentes sociales. Exemples : la fascination de Sofia pour les mariées, la photographe permettant aux sujets de choisir leurs poses, et l’ambivalence de femmes engagées mais peu intéressées par le mariage lui-même.
- Atmosphère : images de retrait et de mise en scène simultanés.
- Pratiques : consentement et respect dans la photographie documentaire.
- Perspective : retour au rural perçu comme phase transitoire, non comme destination fixe.
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