1. L’odorat des insectes : clé pour comprendre le comportement des ravageurs
Les insectes utilisent des signaux chimiques pour chercher leur nourriture, leurs partenaires et pour fuir le danger ; étudier ces odeurs permet d’anticiper et de modifier leur comportement. Au laboratoire, on combine des techniques physiologiques et analytiques pour décrypter ces signaux :
- Enregistrement électro-antennal (EAG) et single sensillum recording pour mesurer la réponse des antennes aux composés volatils.
- Chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC–MS) pour identifier les composés odorants émis par les plantes.
- Bioessais comportementaux (olfactomètre en Y, tunnels d’observation) pour confirmer l’attraction ou la répulsion.
Par exemple, l’analyse des émissions de plantes stressées a révélé des mélanges volatils qui attirent ou repoussent les pucerons, fournissant des pistes concrètes pour concevoir des répulsifs.
2. Repérer et isoler les molécules répulsives : méthodes et découvertes
Les chercheurs identifient des molécules-actives capables d’empêcher l’installation des ravageurs : certaines sont des composés naturels, d’autres des analogues synthétiques. Un exemple notable est l’(E)-β-farnésène, une phéromone d’alarme chez certains pucerons qui provoque la fuite et la dispersion ; elle a servi de référence pour tester des stratégies répulsives. Étapes typiques :
- Collecte des volatils émis par plantes saines ou attaquées.
- Analyse GC–MS pour l’identification des candidats.
- Validation par bioessais et tests de terrain sur comportement et infestation.
Des composés comme les terpènes (p. ex. linalool, limonène) montrent aussi des effets répulsifs sur divers pucerons dans des tests contrôlés.
3. Comment appliquer les répulsifs : techniques et exemples concrets
Transformer une molécule identifiée en outil agricole nécessite des solutions d’application adaptées : diffuseurs volatils, formulations foliaires, enrobages de semences ou stratégies culturales. Exemples concrets :
- Diffuseurs programmés libérant des répulsifs en faible dose pour masquer l’odeur des plantes hôtes.
- Sprays ou formulations à base d’huiles essentielles pour un effet court terme après traitement foliaire.
- Compagnonnage avec plantes aromatiques libérant des VOCs répulsifs (approche « push » du push–pull).
Par exemple, des essais en serre ont utilisé des dispensers d'(E)-β-farnésene pour réduire l’installation de pucerons, tandis que des essais agroécologiques associent cultures principales et plantes répulsives pour diminuer la pression des ravageurs.
4. Le puceron vert sur betterave : enjeux et solutions intégrées
Le puceron vert est un ravageur majeur de la betterave : il provoque des pertes directes par alimentation et surtout la transmission de virus (p. ex. virus de la jaunisse) qui réduisent fortement les rendements. Pour le gérer, les répulsifs odorants s’intègrent dans une stratégie globale :
- Surveillance précoce (pièges, observations) pour détecter l’arrivée des populations.
- Utilisation de répulsifs ou de plantes répulsives pour réduire l’établissement.
- Renforcement par contrôles biologiques (coccinelles, parasitoïdes) et pratiques culturales adaptées.
Des expériences de terrain suggèrent que combiner un répulsif volatil avec des auxiliaires et une rotation des cultures donne de meilleurs résultats que l’usage isolé d’un seul moyen.
5. Bénéfices et limites des répulsifs olfactifs
Les répulsifs basés sur l’odeur offrent des avantages importants mais présentent aussi des limites qu’il faut connaître :
- Avantages : réduction des insecticides, ciblage comportemental, meilleure compatibilité avec les auxiliaires, solution souvent plus écologique.
- Limites : variabilité d’efficacité selon conditions climatiques, dégradation rapide des composés, coûts de formulation et de déploiement, risques d’effets non ciblés si mal sélectionnés.
- Contraintes réglementaires et nécessité de tests de sécurité pour protéger les pollinisateurs et organismes non ciblés.
Par exemple, un composé très efficace en laboratoire peut perdre son efficacité sous lumière, pluie ou vents forts, ce qui impose des formulations et des stratégies de diffusion adaptées.
6. Perspectives de recherche et adoption agricole
Les travaux futurs visent à rendre ces solutions plus robustes et acceptées par les agriculteurs : identification de nouveaux récepteurs olfactifs via la biologie moléculaire, conception de mélanges plus stables, et intégration dans des systèmes de lutte intégrée. Points d’action et exemples :
- Recherche fondamentale : cartographier les récepteurs d’odeurs pour cibler des molécules très spécifiques au puceron vert.
- Innovation technologique : diffuseurs intelligents, formulations slow‑release, combinaisons répulsif + attractif pour orienter les populations.
- Déploiement : essais participatifs avec agriculteurs, démonstrations terrain et incitations politiques pour accélérer l’adoption.
En combinant découverte moléculaire, essais agronomiques et approches socio-économiques, il est possible de transformer la connaissance des odeurs en solutions pratiques et durables pour protéger les betteraves contre le puceron vert.
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