
1. Une coupure prolongée qui change la donne
Depuis plus de soixante jours, l’Iran connaît une interruption d’accès à l’internet à une échelle inédite pour une société connectée : une coupure motivée par une succession de crises — du mouvement vert de 2009 aux manifestations de 2019, en passant par la mort de Mahsa Amini en 2022 et la répression début 2026 — et amplifiée par des frappes et tensions régionales en 2025‑2026. Cette situation marque un tournant : loin d’un blackout total isolé, les autorités pratiquent désormais une gestion sélective et durable de l’accès au réseau national, au risque de transformer l’interruption en norme.
2. Internet Pro et la liste blanche : l’accès réservé
Les autorités ont institué un système d’Internet Pro et une liste blanche non publique qui accordent un accès maintenu à une partie de la population, au prix d’un enregistrement strict. Exemples concrets de bénéficiaires mentionnés : chefs d’entreprise, médecins, universitaires. Le dispositif inclut des priorités tarifaires et techniques qui remettent en cause la neutralité du net.
- Critères d’accès : pièces d’identité, documents professionnels, recommandations.
- Groupes favorisés : professions jugées « essentielles » ou porteuses de la voix officielle.
- Conséquence : privilège remplaçant le droit d’accès universel.
3. Les outils techniques du contrôle fin
Le régime s’appuie sur une architecture réseau centralisée qui permet des coupures localisées ou segmentées par groupe d’utilisateurs : filtrage d’adresses IP, limitation de flux par secteur géographique, et infrastructure du Réseau national d’information (NIN). Ces mesures rendent risqué l’usage de VPN ou de solutions satellitaires comme Starlink, et permettent de maintenir un accès différencié sans rétablir une connectivité entière.
- Contrôle par IP : isolation d’îlots urbains ou de catégories d’usagers.
- Filtrage de contenus : blocage sélectif de plateformes et applications.
- NIN : substitution progressive à l’internet mondial.
4. Impact économique et social immédiat
Le blackout et l’internet à deux vitesses ont des conséquences directes : NetBlocks estime des pertes de l’ordre de 37 millions de dollars par jour et près de 10 millions d’Iraniens voient leurs revenus affectés. Sur le plan social, la restriction réduit les possibilités d’expression et d’organisation citoyenne tout en accentuant les inégalités d’accès à l’information.
- Perte financière : interruption des services numériques et du commerce en ligne.
- Emploi : travailleurs du numérique et petites entreprises impactés.
- Libertés : silenciation des dissidences et surveillance accrue.
5. Enjeux politiques et fragilité du modèle
Le choix d’un internet à deux vitesses vise la sécurité nationale mais pose un dilemme : contrôler les risques perçus sans étouffer l’économie numérique nécessaire au pays. Des analystes comme Kavé Salamatian soulignent que la stratégie peut fonctionner à court terme mais reste fragile à long terme, car l’internet est devenu une commodité essentielle et résistante aux barrières artificielles.
- Argument officiel : lutte contre des « opérations terroristes » et menaces extérieures.
- Tension interne : contestation croissante face à la classification sociale de l’accès.
- Risques : dégradation durable de l’innovation et fuite des talents.
6. Résilience, contournements et perspectives
Malgré la répression, la société civile et des experts mettent en place des réponses techniques et juridiques : formation à la cybersécurité, outils de contournement lorsque possible, et pression internationale pour protéger les droits numériques. L’histoire montre que les mesures de cloisonnement restent vulnérables ; les autorités peuvent gagner du temps, mais la demande d’accès libre et l’ingéniosité des usagers créent des voies de contournement et de résistance qui rendent ce modèle difficilement durable.
- Initiatives : formation en cybersécurité, réseaux alternatifs, pressions diplomatiques.
- Limite stratégique : concilier sécurité et survie économique est un défi constant.
- Perspective : un internet sélectif peut durer, mais il reste confronté à la réalité des usages et de la demande sociale.
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