
Un phénomène en hausse qui interpelle
En France, près de 41 000 disparitions de mineurs ont été signalées en 2025, soit une hausse de 6 % par rapport à l’année précédente. Derrière ce volume élevé, une réalité plus alarmante se dessine : les disparitions inquiétantes, c’est-à-dire celles où un enfant est exposé à un danger immédiat, ont doublé chez les moins de 15 ans. Ce constat, issu du dispositif d’écoute 116 000 Enfants disparus, montre que les situations de rupture familiale, de fugue ou de mise en danger prennent une tournure plus préoccupante, notamment chez les plus jeunes.
Ce que recouvre une disparition inquiétante
Le terme ne désigne pas toutes les absences de mineurs de la même manière. En droit français, toute disparition est déjà prise au sérieux, mais la qualification de disparition inquiétante permet à la police d’activer des moyens d’enquête renforcés lorsqu’un risque sérieux et immédiat pèse sur l’enfant. Cette notion peut s’appliquer à un mineur de moins de 13 ans, mais aussi à un adolescent présentant une vulnérabilité particulière, par exemple un traitement médical, un handicap, des idées suicidaires ou un départ avec une personne susceptible de l’exploiter ou de le maltraiter.
- Âge très jeune : les enfants de moins de 13 ans sont particulièrement concernés.
- Fragilité médicale ou psychologique : certains profils nécessitent une vigilance accrue.
- Risque d’emprise : départ avec une personne dangereuse ou manipulatrice.
Pourquoi les moins de 15 ans deviennent majoritaires
Le rapport évoque un rajeunissement des mineurs concernés. Pour la première fois, les moins de 15 ans deviennent majoritaires parmi les cas de disparitions inquiétantes. Cette évolution alerte les spécialistes, car elle suggère une exposition croissante des enfants à des situations de danger, y compris lorsque leur départ du domicile est initialement volontaire. Les causes peuvent être multiples : tensions familiales, mal-être scolaire, influence extérieure, usage intensif des réseaux sociaux ou fragilités psychologiques non repérées.
Dans la pratique, une fugue n’est jamais anodine. Un adolescent peut quitter son foyer pour quelques heures, mais se retrouver ensuite dans un environnement instable, sans ressources, sous pression ou face à des adultes mal intentionnés. C’est ce basculement qui transforme parfois une simple absence en situation critique.
Fugues répétées et exploitation sexuelle : un lien de plus en plus net
Chez les jeunes filles, les autorités et les associations constatent depuis plusieurs années un lien inquiétant entre fugues répétées et exploitation sexuelle. Selon le 116 000 Enfants disparus, dans environ un dossier sur trois concernant une jeune fille disparue, une exploitation sexuelle est présumée. Ce n’est pas forcément un phénomène nouveau, mais son identification progresse grâce à des recoupements plus précis entre les signalements, les récits familiaux et les indices de terrain.
- Fugues répétées : souvent un signal d’alerte majeur.
- Emprise : un jeune peut être manipulé affectivement ou matériellement.
- Vulnérabilités antérieures : antécédents de violences ou d’agressions sexuelles.
Le porte-parole Julien Landureau souligne que certaines fugues sont en réalité la conséquence d’une situation d’exploitation déjà installée. En France, le dispositif estime que 20 000 enfants pourraient être concernés par des phénomènes de ce type, un chiffre qui rappelle l’ampleur du problème et la nécessité d’une vigilance collective.
Le premier réflexe à avoir sans attendre
Lorsqu’un mineur disparaît, le temps joue un rôle décisif. Le premier geste consiste à prévenir immédiatement la police ou la gendarmerie, sans attendre. Contrairement à une idée reçue, il n’existe aucun délai légal à respecter avant de signaler une fugue. Les premières heures sont cruciales pour localiser l’enfant, limiter les risques et préserver les chances de le retrouver rapidement.
Le numéro 116 000 intervient ensuite pour accompagner les familles : il aide à comprendre les causes possibles de la disparition, à organiser les recherches et à préparer les démarches utiles. Si un danger immédiat est suspecté, il faut aussi contacter le 119, le numéro dédié à l’enfance en danger, afin qu’une évaluation puisse être engagée par les services compétents.
Les bons réflexes à retenir
- Signaler immédiatement la disparition aux forces de l’ordre.
- Ne pas attendre une hypothétique durée minimale avant d’agir.
- Contacter le 116 000 pour être accompagné.
- Appeler le 119 si un danger pour l’enfant est suspecté.
Une vigilance familiale et sociale devenue indispensable
Ces chiffres rappellent qu’une disparition de mineur ne se résume pas à une absence temporaire. Elle peut révéler un mal-être profond, un conflit, une exposition à la violence ou un risque d’exploitation. Les familles, les établissements scolaires, les travailleurs sociaux et les autorités doivent agir ensemble pour repérer plus tôt les signaux faibles : changements de comportement, isolement, absences répétées, messages inquiétants ou relations nouvelles jugées suspectes.
Un exemple concret : un adolescent qui multiplie les fugues après des échanges insistants avec un adulte inconnu sur Internet doit être considéré comme un cas de vigilance maximale. De même, un enfant fragile sur le plan psychologique ou médical ne doit jamais être laissé sans réaction rapide en cas de disparition. L’enjeu est clair : mieux identifier les menaces, mieux protéger les mineurs et éviter qu’une absence ne se transforme en drame.
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