Un regard neuf sur l’iguanes marins des Galápagos
Je m’intéresse à l’iguane marin (Amblyrhynchus cristatus), une espèce endémique des îles Galápagos, province de l’Équateur dans l’océan Pacifique oriental. Ces reptiles sont à la fois stoïques, paisibles et parfois comiques, ce qui en fait des sujets d’étude fascinants. Mon doctorat visait à comprendre les différences entre les diverses populations présentes dans l’archipel, en combinant génétique et écologie de terrain pour obtenir une vision globale de leur diversité.
Défis initiaux : données fragmentaires et zones inaccessibles
Au départ, je pensais travailler principalement au laboratoire, extrayant l’ADN des échantillons envoyés par des collaborateurs en Équateur. Très vite, une frustration est apparue : il manquait des estimations réalistes de la taille des populations. Les iguanes sont répartis sur des îles et des zones côtières souvent inaccessibles, ce qui rend les relevés traditionnels coûteux et incomplets. Par exemple :
- Des criques rocheuses inaccessibles à pied empêchent des comptages précis.
- Des variations saisonnières du comportement des iguanes faussent parfois les relevés.
- L’immensité de l’archipel complique la planification logistique des missions.
L’idée décisive : recenser depuis les airs
À la fin de mon doctorat en 2015, un collègue m’a suggéré d’explorer les technologies de drones pour cartographier les sites reculés. Cette idée, simple mais prometteuse, a donné naissance au projet « Iguanas from Above ». L’approche visait à combiner images aériennes à haute résolution et analyses participatives pour estimer la densité et la distribution des iguanes sur toute l’archipel.
Financement et déploiement sur le terrain
Après avoir obtenu des financements en 2020 de l’Université de Leipzig (Allemagne) et de la Galapagos Conservation Trust (Royaume‑Uni), je suis retourné aux Galápagos pour tester la méthode. Le programme comprenait :
- L’utilisation de drones adaptés aux conditions côtières (vent, sel, relief).
- Des protocoles standardisés de survol pour obtenir des images comparables.
- Des étapes de validation sur le terrain pour confronter images et observations directes.
Implication citoyenne et résultats à grande échelle
En quelques années, l’équipe a pu surveiller l’ensemble de l’archipel, en mobilisant plus de 17 000 volontaires en ligne pour analyser les images. Ce travail collaboratif a permis d’obtenir :
- Des estimations de population plus précises pour chaque île.
- La détection de zones de forte densité et de secteurs potentiellement menacés.
- Des données ouvertes pour aider la conservation et la gestion locale.
Perspectives et applications pour la conservation
La combinaison drone + science participative offre un outil puissant pour la conservation des iguanes marins et d’autres espèces insulaires. Des exemples concrets d’applications incluent :
- La surveillance régulière des populations pour détecter des déclins précoces.
- L’évaluation de l’impact des invasions biologiques (prédateurs introduits) sur des zones précises.
- La planification d’aires protégées fondées sur des données spatialisées.
Ces approches montrent qu’innovation technologique et engagement citoyen peuvent combler des lacunes de connaissances et orienter des mesures de conservation efficaces pour des espèces emblématiques comme l’iguane marin.
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