
Khartoum meurtrie : après deux ans d’occupation, le bilan humain
La ville de Khartoum porte les stigmates d’un conflit qui a éclaté en avril 2023 entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR) et qui entre désormais dans sa quatrième année. Exemple criant : le campus de l’université internationale d’Afrique, où Mohammed Osman, directeur adjoint, décrit un vaste terrain « qui était une fosse commune », avec entre 3 000 et 4 000 corps découverts, dont des enfants et des familles entières. Ces chiffres illustrent la dimension humaine immédiate du drame et la difficulté pour Khartoum de faire le deuil collectif.
Fosses communes et enterrements secrets : récits du terrain
Pendant l’occupation des FSR, les habitants interdits d’enterrements officiels ont dû enterrer leurs morts en cachette, dans des mosquées, des écoles et les cours des maisons. Exemple précis : des corps retrouvés sous des terrains remis en culture à l’arrière de la faculté de médecine. Ces pratiques ont compliqué l’identification des victimes et laissé des traces visibles dans le paysage urbain et dans la mémoire des familles.
Médecine légale en urgence : des équipes à bout de ressources
Les équipes de médecine légale, dirigées notamment par le docteur Hisham Zenalbdeen Mohamed et le professeur Jamal Youssif Ahmed, s’efforcent de rendre dignité et identité aux dépouilles mais travaillent dans des conditions extrêmes. Exemple de procédure : face à des corps en décomposition, les médecins doivent parfois pratiquer des autopsies rapides et segmentaires (torse à l’abdomen, parfois crâne) pour permettre une identification et un renvoi rapide. Points clés des manques constatés :
- Ambulances et moyens de transport insuffisants
- Manque de sacs mortuaires et de cercueils
- Uniquement une morgue pleinement fonctionnelle sur les cinq que compte la ville
- Absence de chambres froides suffisantes pour conserver les corps
Chiffres et étendue du problème : mesures et estimations
Au-delà des dizaines de milliers de morts potentiels, les autorités estiment qu’il resterait encore environ 15 000 tombes de fortune dans les rues de Khartoum. Exemple temporel : après l’occupation de deux ans par les FSR et leur éviction l’année passée par les Forces armées soudanaises, le travail de recensement et d’identification s’accélère mais reste loin d’être achevé. Pour résumer les éléments chiffrés :
- Début des combats : avril 2023
- Fosses découvertes sur des sites universitaires : 3 000–4 000 corps
- Estimations des tombes de fortune restantes : ~15 000
Conséquences sociales et besoins des familles
La dislocation des rituels funéraires et la perte d’identification provoquent un traumatisme profond : familles incapables d’enterrer dignement leurs proches, enfants privés de repères, communautés empêchées de faire leur deuil. Exemple : des familles qui ont enterré en secret dans la cour d’une école et qui ne disposent ni d’actes ni de preuves formelles de la disparition. Actions indispensables pour les populations :
- Identification systématique et transparente des corps
- Soutien psychologique pour les survivants et les proches
- Accès à l’information et aux lieux d’inhumation pour les familles
Urgences prioritaires et voies de réparation
Pour transformer le chaos en réponse organisée, il faut des ressources matérielles, techniques et humaines : ambulances, sacs et cercueils, chambres froides, équipes médico-légales renforcées et systèmes d’identification (bases ADN, enregistrements). Exemple d’intervention coordonnée nécessaire : déploiement d’équipes pluridisciplinaires pour inventorier les sites, documenter les fosses, effectuer des autopsies standardisées et offrir un accompagnement psychosocial aux familles. Priorités immédiates :
- Renforcement des capacités médico-légales (formations, équipement)
- Fourniture de moyens logistiques (ambulances, chambres froides, cercueils)
- Programmes d’identification et d’archivage des victimes pour garantir la mémoire et permettre des poursuites
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