Un recul qui interroge dans la haute fonction publique
Après plusieurs années de progression, la place des femmes dans le corps préfectoral connaît un recul préoccupant. Selon l’observation de la Cour, « le nombre comme la proportion de femmes préfètes ont diminué depuis 2019 ». Cette évolution surprend d’autant plus que les discours publics affichent régulièrement un objectif de parité et de diversification des profils dans les plus hautes responsabilités de l’État. En pratique, la préfecture demeure un univers où les femmes restent moins visibles, moins nombreuses et encore trop souvent marginalisées dans les postes les plus exposés.
Une fonction encore marquée par un héritage masculin
Le métier de préfet, créé pour représenter l’État dans les territoires, s’est longtemps construit dans une culture de commandement très hiérarchisée, historiquement dominée par les hommes. Cette tradition pèse encore sur les trajectoires de carrière, les réseaux d’accès aux postes et les représentations associées à l’autorité administrative. Dans de nombreux cas, les affectations les plus stratégiques, comme la direction de préfectures sensibles ou l’animation de dossiers de crise, restent davantage confiées à des profils masculins. Cela entretient l’idée d’un bastion masculin difficile à faire évoluer.
Des freins multiples à l’accès des femmes aux postes préfectoraux
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’abord, les carrières administratives qui mènent aux fonctions préfectorales sont encore traversées par des mécanismes de sélection informels, où les réseaux et la disponibilité géographique comptent beaucoup. Ensuite, les contraintes liées aux mobilités fréquentes, aux horaires imprévisibles et aux responsabilités en situation de crise peuvent freiner certaines candidatures. Enfin, les stéréotypes de genre continuent d’associer le pouvoir d’autorité, la gestion de l’urgence et l’exercice de la représentation de l’État à des qualités plus volontiers attribuées aux hommes.
- Mobilité géographique souvent imposée à l’échelle nationale.
- Disponibilité permanente attendue dans les fonctions de préfet.
- Réseaux de promotion encore insuffisamment diversifiés.
- Stéréotypes persistants sur le leadership et l’autorité.
Des chiffres en baisse malgré les engagements affichés
La diminution observée depuis 2019 montre que les engagements en faveur de la diversité ne se traduisent pas automatiquement dans les nominations. Même lorsque des objectifs de féminisation sont annoncés, les résultats restent fragiles si les mécanismes de sélection ne changent pas en profondeur. Dans ce domaine, l’écart entre le discours et la réalité est particulièrement visible : les femmes sont davantage présentes dans certaines administrations, mais restent encore sous-représentées dans les fonctions de gouvernance territoriale les plus emblématiques. L’évolution récente souligne donc un essoufflement de la dynamique de féminisation.
Pourquoi la préfecture compte dans l’égalité professionnelle
La question n’est pas seulement statistique. La présence des femmes dans le corps préfectoral a une valeur symbolique forte, car elle reflète la capacité de l’État à incarner l’égalité dans ses propres institutions. Voir davantage de femmes diriger des préfectures, coordonner les services de l’État ou gérer des situations de crise contribue à normaliser l’accès des femmes aux fonctions de pouvoir. À titre d’exemple, la nomination d’une préfète dans un département stratégique peut envoyer un signal puissant aux jeunes femmes des corps administratifs, en montrant que ces responsabilités sont pleinement accessibles.
- Effet d’exemplarité pour les carrières féminines dans l’administration.
- Crédibilité institutionnelle renforcée en matière d’égalité.
- Renouvellement des profils et des pratiques de management public.
Un enjeu de transformation durable pour l’État
Pour inverser la tendance, il ne suffit pas d’énoncer des principes : il faut agir sur les parcours, les nominations et les conditions d’accès aux responsabilités. Cela implique de repenser la détection des talents, de lutter contre les biais dans les promotions et d’assurer une meilleure transparence des choix de carrière. Des mesures de suivi, des objectifs chiffrés et un accompagnement des hauts fonctionnaires tout au long de leur évolution professionnelle peuvent favoriser une progression plus équilibrée. Tant que ces leviers ne seront pas mobilisés de façon cohérente, la préfecture restera un espace où la représentation des femmes progresse trop lentement par rapport aux ambitions affichées.
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