Une voix retrouvée après des décennies d’absence
Durant les deux à trois décennies suivant la Nakba, qui signifie « catastrophe » en arabe, les Palestiniens ont non seulement perdu leur terre lors de la création de l’État d’Israël en 1948, mais ils ont également vu leur voix étouffée. Dans une société occidentale majoritairement favorable au récit sioniste, leur histoire de dépossession a longtemps été inaudible. Ce n’est qu’à partir des années 1970 que les Palestiniens, à travers des figures comme Edward Saïd, ont commencé à revendiquer le droit de raconter leur propre histoire.
Un ouvrage marquant respecté par les historiens
La publication récente de Cent ans de guerre contre la Palestine. Une histoire de colonisation et de résistance par l’historien palestino-américain Rashid Khalidi est perçue comme un aboutissement de ce mouvement. Ce livre, d’une grande accessibilité et enrichi de souvenirs personnels, est une réévaluation du siècle de l’expérience palestinienne. Khalidi, professeur à l’université Columbia, parvient à rappeler l’importance de l’histoire palestinienne d’une manière captivante.
Une perspective coloniale sur le conflit
Rashid Khalidi conteste les interprétations traditionnelles du conflit israélo-palestinien souvent perçues comme un simple affrontement entre Juifs et Arabes. Il insiste sur le fait que l’histoire est avant tout coloniale, une guerre menée à plusieurs niveaux contre la population autochtone palestinienne. Selon lui, les événements qui ont marqué le début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui, reflètent cette lutte pour la survie et la reconnaissance.
Une mémoire vivante à travers des correspondances historiques
L’ouvrage débute avec une lettre poignante de Yusuf Diya Al-Khalidi, un ancêtre de Khalidi et maire de Jérusalem, adressée à Theodor Herzl en 1899. Al-Khalidi y déclare qu’« il serait pure folie » de vouloir établir un État juif dans un pays déjà occupé par d’autres. Ce passage pose les fondations d’une analyse des diverses étapes de ce qu’il appelle la « guerre contre la Palestine », en évoquant des événements marquants comme :
- La déclaration Balfour de 1917
- La Nakba de 1948
- La guerre de 1967
- L’invasion du Liban de 1982
- Les répressions des deux Intifadas
Un cycle répétitif d’effacement
Chacune de ces étapes illustre les tentatives d’atténuer la présence palestinienne, dans l’espoir de résoudre les contradictions engendrées par le sionisme. Khalidi évoque également la situation actuelle de la bande de Gaza comme un exemple désolant de l’escalade de la violence et du désespoir, témoignant de ce qu’il nomme la “propension israélienne” à vouloir vider la Palestine de ses habitants.
Un appel à la mémoire collective
Le livre de Rashid Khalidi fonctionne comme un puissant appel à la mémoire collective et à la responsabilité de reconnaître l’histoire des Palestiniens. Grâce à son approche nuancée, il contribue à l’élargissement du discours sur le conflit, incitant ainsi le lecteur à revisiter des perspectives souvent négligées. En fin de compte, cet ouvrage incarne une lutte pour la narration, offrant une plateforme pour les voix longtemps étouffées. Pour découvrir les réflexions de Khalidi, visionnez son intervention sur YouTube.
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