Qu’est‑ce que l’exposition de la phosphatidylsérine (PS) sur les lymphocytes T ?
La phosphatidylsérine (PS) est un phospholipide normalement cantonné à la face interne de la membrane plasmique, connu comme signal d’« eat‑me » lors de l’apoptose, mais il peut aussi être exposé à la surface de cellules viables lors d’activations cellulaires. Par exemple, l’usage d’Annexine V (AV) et d’ImageStream a montré que des CD8 antigène‑spécifiques exposent la PS précocement après stimulation et de façon soutenue lors d’une stimulation chronique. Points clés :
- Détection : Annexine V, anticorps anti‑PS (1N11/mch1N11) et marquages combinés intracellulaires/extracellulaires.
- Contexte : exposition observée lors d’infections chroniques (modèle LCMV CL13) et après activation in vitro (anti‑CD3/CD28 + IL‑2).
- Viabilité : cellules PS+ souvent viables (absence de clivé caspase‑3, marqueurs de mort cellulaire faibles).
PS et l’épuisement des CD8 : preuves expérimentales
Les travaux montrent une accumulation spécifique de PS dans les CD8 épuisés : analyses transcriptomiques et lipidomiques identifient une signature enrichie en espèces PS (ex. PS(40:6), PS(40:5)) chez les cellules PD‑1+ épuisées vs naïves. Exemple précis : tri de sous‑populations (stem‑like PD‑1+TCF1+, transitory, terminal) suivi de HILIC/C18‑MS a révélé des augmentations de multiples espèces PS dans les subsets terminalement différenciés. Observations majeures :
- Modèles : infection chronique LCMV CL13 chez la souris, analyses scRNA‑seq et bulk RNA‑seq (dépôts référencés : PRJNA497086, GSE140430, GSE310046, GSE310446).
- Techniques : lipidomique LC‑MS/MS, Annexine V flow, ImageStream, RNA‑seq.
- Résultat : lien cohérent entre exposition de PS et phénotype d’épuisement (marqueurs PD‑1, TIM‑3, LAG‑3, altérations métaboliques/épigénétiques).
Bloquer la PS : l’effet des anticorps ciblant la PS
Cibler la PS à la surface des CD8 avec un anticorps spécifique (ex. mch1N11 / 1N11) améliore nettement les réponses CD8 dans le modèle chronique LCMV : augmentation du nombre de cellules spécifiques du virus, montée de la prolifération (Ki67) des cellules PD‑1+TCF1+ stem‑like et modulation des programmes transcriptionnels (diminution des modules de quiescence). Exemples d’expériences :
- Traitement : administration d’anticorps anti‑PS chez souris infectées chroniquement conduit à expansion des Db276/33+ CD8 spécifiques.
- Assays fonctionnels : augmentation de Ki67, meilleure réactivité ex vivo après tri et transfert adoptif.
- Contrôle : blocage de liaison AV par l’anticorps prouve la spécificité vis‑à‑vis de la PS exposée.
Mécanisme : PS comme molécule inhibitrice extrinsèque via les cellules dendritiques
Les données mécanistiques indiquent que la PS exposée sur les CD8 agit de façon extrinsèque en réprimant les phénotypes immunostimulants des cellules dendritiques (CD11c+), ce qui restreint secondairement la réponse CD8. Par co‑cultures ex vivo, des PD‑1+ CD8 PS+ réduisent l’expression de co‑stimulation (CD86/CD80) et d’IL‑12 chez les cDC1/cDC2 ; le traitement par anticorps anti‑PS restaure ces fonctions. Détails et exemples :
- Interaction : PS peut engager des récepteurs de reconnaissance (TAM, Tim‑4 chez macrophages) via ligands tels que la protéine S ou MFG‑E8, modulant la présentation d’antigène.
- Preuve expérimentale : tri de CD11c+ puis co‑culture avec PD‑1+ CD8 ± anticorps, lecture de CD86/CD80, IL‑12, score d’annotation MHCI.
- Conséquence : restauration de la capacité d’activation des DC conduit à une meilleure expansion et différenciation des CD8.
Synergie thérapeutique : PS + blocage PD‑1/PD‑L1
Le blocage combiné de la PS et de la voie PD‑1/PD‑L1 potentialise la réanimation des CD8 épuisés et améliore le contrôle viral dans le modèle LCMV chronique : la combinaison augmente les populations stem‑like et transitoires, réduit la charge virale et accroît la fréquence de cellules effectrices réactives. Exemples précis :
- Comparaison : traitement Ctrl vs anti‑PD‑L1 vs combo (anti‑PS + anti‑PD‑L1) montre que la combo donne la plus forte hausse en cellules PD‑1+Db276+ et la plus grande baisse des titres viraux sériques.
- Sites étudiés : effets observés dans rate, poumon, foie et sang périphérique (quantification cellulaire et titrage viral).
- Implication : viser la PS peut agir sur des compartiments non‑répondants à seul checkpoint blockade, rendant la combinaison prometteuse.
Perspectives cliniques et présence de PS sur les CD8 humains
Des CD8 PD‑1+ issus de tumeurs humaines (ex. ccRCC, NSCLC) montrent également une exposition de PS, suggérant une conservation de ce mécanisme chez l’homme. Des anticorps anti‑PS (p. ex. bavituximab et nouvelles générations « betabodies ») ont été évalués en essai clinique combinés à des inhibiteurs de checkpoint et à la radiothérapie ; les résultats précliniques soutiennent leur développement clinique mais imposent prudence sur sécurité et contexte. Directions concrètes :
- Observation humaine : marquage AV / anticorps sur échantillons tumoraux montre PS sur CD8 PD‑1+ viables.
- Translational : combiner anti‑PS avec anti‑PD‑1/PD‑L1 ou stratégies modulant les DC (agonistes cDC1) est une voie d’investigation prioritaire.
- Points à approfondir : sécurité (effets hors cible sur vaisseaux/tissus), biomarqueurs pour sélectionner patients, optimisation des formulations anticorps.
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