
Un corridor tuniso-libyen : une initiative ambitieuse
La Tunisie, par la voix du ministre du Commerce Samir Abid, a lancé l’idée d’un corridor commercial traversant la Libye pour mieux connecter le pays aux marchés d’Afrique subsaharienne (notamment Niger, Burkina Faso, Tchad), alors que ses exportations vers cette région ne dépassaient pas 2 milliards de dinars en 2024 (~600 millions €). Cette initiative vise à stimuler le commerce intra-africain et à tirer parti des dynamiques continentales comme l’AfCFTA (Zone de libre-échange continentale).
- Objectif : faciliter les flux terrestres entre le Maghreb et l’Afrique centrale et de l’Ouest.
- Exemple concret : réduire les délais d’acheminement des biens depuis Tunis vers Niamey via un itinéraire routier sécurisé.
- Contexte : commercialiser produits manufacturés tunisiens et services vers des marchés à forte demande.
Pourquoi ce choix est stratégique pour la Tunisie
Pour Tunis, ce corridor représente une diversification des partenaires commerciaux et une réponse à la faiblesse relative des échanges avec l’Afrique subsaharienne ; il s’inscrit dans une volonté de repositionnement géo-économique loin d’une dépendance exclusive à l’Europe.
- Accès à de nouveaux marchés pour l’agroalimentaire, les composants industriels et les services.
- Exemple : exportations agricoles saisonnières vers le Sahel mieux calibrées grâce à des liaisons terrestres plus directes.
- Bénéfice attendu : création d’emplois et renforcement des chaînes de valeur régionales.
Obstacles techniques et logistiques à surmonter
La mise en œuvre d’un corridor tuniso-libyen rencontre des défis concrets : infrastructures routières insuffisantes, gestion frontalière complexe, et la situation sécuritaire en Libye qui reste volatile et peut ralentir le trafic commercial.
- Infrastructure : routes et plateformes logistiques à moderniser pour supporter des convois réguliers.
- Sécurité : garantir la sûreté sur les tronçons libyens est une condition sine qua non.
- Exemple : l’absence de hubs logistiques performants le long du trajet allonge les délais et augmente les coûts.
Enjeux politiques et diplomatiques
Le projet n’est pas qu’économique : il traduit aussi un repositionnement politique de la Tunisie vers l’Afrique et une prise de distance relative avec certains partenaires européens. Des voix critiquent ce choix comme étant partiellement motivé par des considérations politiques (références au projet de l’Union du Maghreb arabe et aux relations avec le Maroc). La confiance diplomatique avec certains États africains doit être consolidée, notamment après des tensions liées aux politiques migratoires.
- Risques : tensions bilatérales qui peuvent freiner la coopération pratique.
- Exemple : des décisions nationales sur l’immigration ont, par le passé, détérioré certaines relations régionales.
- Priorité : restauration de la confiance par des accords clairs de coopération.
Avantages pour les pays d’Afrique subsaharienne et opportunités concrètes
Pour des pays enclavés ou à faibles connexions maritimes directes, un corridor vers la Méditerranée ouvre des débouchés pour l’import-export, la diversification des approvisionnements et l’accès à des biens manufacturés tunisiens.
- Opportunités : réduction des coûts logistiques, accès à des produits pharmaceutiques, pièces détachées, intrants agricoles.
- Exemple : un acheminement routier sécurisé pourrait réduire le prix des pièces industrielles au Niger, stimulant l’activité locale.
- Effet multiplicateur : développement de centres de distribution et création d’emplois transfrontaliers.
Conditions de succès et étapes pratiques
La viabilité du corridor dépendra d’un ensemble d’actions coordonnées : investissements d’infrastructures, harmonisation douanière, partenariats sécuritaires, et financements adaptés. Des modèles existants de corridors régionaux (ex. Northern Corridor en Afrique de l’Est) fournissent des enseignements pratiques.
- Actions prioritaires : sécurisation des itinéraires, modernisation des postes frontières, digitalisation des procédures douanières.
- Financement : mobiliser banques régionales et bailleurs (Banque africaine de développement, institutions multilatérales) et encourager les PPP.
- Étape pilote : lancer des convois tests entre ports tunisiens et centres de distribution en Afrique de l’Ouest pour ajuster logistique et règles.
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