
Une offensive migratoire annoncée d’emblée
La Colombie s’apprête à lancer une campagne d’expulsion visant les étrangers sans papiers présents sur son territoire. L’annonce, faite par le nouveau président d’extrême droite Abelardo de la Espriella, marque un tournant politique net dans la gestion des flux migratoires du pays. Les opérations doivent être menées par les services d’immigration et la police, avec une priorité donnée aux personnes soupçonnées d’infractions. Cette ligne dure s’inscrit dans un discours très affirmé sur la souveraineté nationale et le contrôle des frontières.
- Objectif affiché : expulser les étrangers en situation irrégulière.
- Acteurs mobilisés : services d’immigration et forces de police.
- Priorité initiale : les migrants impliqués dans des crimes.
Un discours politique inspiré du “America First”
Depuis Barranquilla, ville où il réside et où il a installé un siège présidentiel alternatif, Abelardo de la Espriella a adopté un ton très offensif. Son slogan, centré sur la formule “Les Colombiens d’abord”, rappelle les rhétoriques nationalistes popularisées aux États-Unis. Le chef de l’État, admirateur revendiqué de Donald Trump, semble vouloir importer une manière de gouverner fondée sur la fermeté, la mise en scène du pouvoir et la priorité donnée aux nationaux. Cette orientation alimente autant l’adhésion de ses partisans que les critiques des défenseurs des droits des migrants.
Le symbole du “Mar-a-Lago colombien” renvoie à une présidence davantage incarnée que classique, avec une forte dimension médiatique. Ce positionnement aide le président à fixer un cap politique clair, mais il interroge aussi sur les conséquences administratives et humaines d’une telle stratégie.
La question de la criminalité, au cœur du débat
Le gouvernement présente la lutte contre l’insécurité comme l’un des piliers de cette campagne d’expulsion. Pourtant, cette association entre immigration et criminalité est contestée par des spécialistes du droit migratoire. L’avocate Ana Karina Garcia rappelle que les données disponibles ne confirment pas un lien massif entre nationalité étrangère et délinquance en Colombie. Selon elle, les chiffres montrent que la criminalité attribuée à la population étrangère reste très limitée, ce qui remet en cause l’idée d’une menace généralisée.
- Argument du pouvoir : cibler les migrants auteurs de crimes.
- Réponse des juristes : la criminalité ne dépend pas du passeport.
- Chiffre avancé : moins de 2 % de la criminalité serait imputable à la population étrangère.
Des expulsions de sans-papiers à grande échelle
Au-delà des personnes condamnées ou suspectées d’actes délictueux, l’exécutif entend aussi s’attaquer aux migrants sans titre de séjour. Cette perspective suppose des contrôles renforcés, des procédures accélérées et une coopération étroite entre administrations. Dans la pratique, une telle politique peut concerner des personnes installées depuis longtemps, parfois actives dans l’économie informelle ou intégrées dans des réseaux familiaux sur place. Le choix de les expulser relève autant d’une décision politique que d’un défi logistique considérable.
Le pays veut ainsi montrer qu’il reprend la main sur ses frontières et son registre migratoire. Mais la mise en œuvre dépendra de la capacité des autorités à identifier précisément les personnes visées, à respecter les règles de procédure et à éviter les décisions arbitraires.
Une Colombie devenue territoire de transit
Les données de Migración Colombia éclairent le contexte de cette décision. Le pays est désormais un espace de transit important, avec davantage de sorties que d’entrées de citoyens vénézuéliens. Cette évolution illustre la mobilité régionale accrue en Amérique du Sud, notamment sous l’effet de la crise économique et sociale au Venezuela. La Colombie accueille aujourd’hui environ trois millions de personnes nées à l’étranger, dont plus de 2,8 millions de Vénézuéliens, soit près de 6 % de sa population totale.
- Population née à l’étranger : environ 3 millions.
- Vénézuéliens : plus de 2,8 millions.
- Part dans la population : environ 6 %.
Les effets possibles sur la société et la région
Une campagne d’expulsion de cette ampleur pourrait produire des effets en chaîne sur le marché du travail, les familles mixtes et les relations diplomatiques régionales. Dans plusieurs villes colombiennes, les migrants occupent des emplois dans le commerce, la restauration, la construction ou les services. Une politique de départ forcé peut donc avoir un impact direct sur l’économie locale, tout en accentuant la précarité de personnes déjà vulnérables. Sur le plan régional, le dossier risque aussi de peser sur les relations avec les pays voisins, en particulier le Venezuela, qui reste au centre des mouvements migratoires.
Cette séquence politique montre enfin que la migration est devenue un sujet hautement stratégique en Colombie. Entre impératif de sécurité, pression sociale, calcul politique et réalité statistique, le débat s’annonce intense. Les prochains jours diront si l’annonce se traduit par une opération limitée ou par un durcissement durable de la politique migratoire colombienne.
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