Législatives en Syrie : scrutin controversé pour sauver l’Assemblée du peuple

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Un scrutin inédit et controversé

Ce dimanche 5 octobre, la Syrie organise les premières élections législatives depuis la chute de Bachar el‑Assad, mais le mode de scrutin adopté suscite de fortes interrogations. Plutôt qu’un vote populaire direct, les deux tiers des 210 sièges de l’Assemblée du peuple sont attribués par des collèges électoraux, tandis qu’un tiers est nommé directement par le président par intérim, Ahmed al‑Charaa. Ce dispositif, présenté comme temporaire par Damas, marque une rupture nette avec les pratiques électorales antérieures et pose la question de la légitimité du nouveau Parlement.

Pourquoi un scrutin indirect ?

Les autorités justifient le choix d’un scrutin indirect par des contraintes logistiques et démographiques. Le comité électoral avance plusieurs raisons concrètes :

  • millions de réfugiés syriens à l’étranger ;
  • nombre important de personnes démunis de papiers d’identité ;
  • zones du pays encore hors du contrôle de Damas, rendant la tenue d’un vote universel difficile.

En pratique, environ 6 000 grands électeurs sont chargés de choisir 140 députés ; les 70 restants seront nommés par le président. Ce système élitiste est perçu par certains observateurs comme un moyen de contrôler la composition de l’Assemblée tout en affichant une façade pluraliste.

Des circonscriptions privées de vote

Les élections ne couvrent pas l’intégralité du territoire syrien : les scrutins sont reportés dans des zones comme Raqqa et Hassaké, toujours hors de la main mise de Damas. Le comité électoral indique que ces sièges resteront vacants jusqu’à ce qu’un « environnement sûr » permette le déroulement d’un vote. Conséquences :

  • des régions entières exclues du processus représentatif ;
  • un Parlement potentiellement incomplet géographiquement et socialement ;
  • risque d’affaiblissement de la représentativité pour les minorités et les zones en conflit.

Composition et stratégie du pouvoir

La nouvelle assemblée — qui siègera pendant 30 mois — est annoncée comme diversifiée : hommes de religion, artistes, intellectuels et notables figurent parmi les profils ciblés. Pour certains spécialistes, comme Thomas Pierret, ce choix traduit une stratégie de cooptation visant à intégrer des acteurs parfois opposés idéologiquement au nouveau pouvoir afin de les rendre parties prenantes du système. Exemples concrets :

  • invitation à se porter candidat de personnalités laïques ou critiques du précédent régime ;
  • présence annoncée d’artistes et d’intellectuels réputés pour leur indépendance de pensée ;
  • sélection de « notables » et d’élites locales pour légitimer l’assemblée.

Perception populaire : espoirs et scepticisme

Sur le terrain, la réaction des Syriens est contrastée. Certains, notamment des jeunes, voient dans ce scrutin une opportunité d’obtenir des représentants plus proches d’eux ; d’autres dénoncent un processus peu démocratique et trop complexe. Témoignages et observations :

  • jeunes exprimant l’espoir d’une représentation nouvelle et d’un souffle démocratique ;
  • citoyens confus ou insuffisamment informés face à un mécanisme de vote indirect ;
  • zones comme Soueïda ou des régions kurdes où l’absence de contrôle par Damas entraîne des reports et des frustrations.

Enjeux à court terme et pistes d’évolution

À court terme, le scrutin vise à réinstaller une instance législative qui puisse donner une image de continuité institutionnelle et fournir une base de légitimation au pouvoir intérimaire. Les principaux enjeux et possibilités d’évolution sont :

  • Renforcement ou affaiblissement de la crédibilité du nouveau régime selon la perception nationale et internationale ;
  • possibilité d’élargissement futur du suffrage direct si la situation sécuritaire et administrative s’améliore ;
  • nécessité d’une transparence accrue et d’une information renforcée pour mobiliser et garantir la représentativité.

Au final, ces élections constituent une étape importante mais fragile dans la recomposition politique syrienne, mêlant espoir de renouvellement et risques de légitimation contrôlée par les nouvelles autorités.


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