1. Une rencontre rythmée qui a tout déclenché
La genèse du travail musical sur Project Hail Mary commence par une anecdote révélatrice : lorsque Phil Lord et Chris Miller contactent Daniel Pemberton, ils évoquent l’idée de tout scorer avec un simple wood block. Pemberton répond avec franchise — séduisant par l’esprit de l’idée mais sceptique sur sa tenue pendant deux heures et demie — et c’est précisément cet échange qui illustre la nature de leur collaboration, fondée sur l’expérimentation et la remise en question. Exemples précis : l’essai du wood block comme motif rythmique central, l’enregistrement d’une goutte d’eau transformée en texture électronique, ou l’utilisation d’une simple porte grinçante comme matériau sonore. Points clés :
- Initiation : conversation autour d’un instrument unique (wood block).
- Esprit collaboratif : échanges directs et expérimentations sur le plateau.
- Pragmatisme : accepter l’idée mais la tester et l’élargir.
2. Contexte et enjeux de l’adaptation
Le projet naît sur un terreau solide : Andy Weir avait déjà fait ses preuves avec The Martian, et Ryan Gosling a acquis les droits pour produire et jouer Ryland Grace. Lord et Miller, avec Drew Goddard au scénario (déjà lié à The Martian), apportent une approche à la fois ambitieuse et sensible au récit. Exemple précis : la rupture narrative entre les souvenirs terrestres de Grace et sa réalité à bord du vaisseau, qui impose un travail musical séparant deux états émotionnels. Points clés :
- Origine : roman d’Andy Weir adapté en film.
- Équipe : Ryan Gosling producteur/interprète, Lord & Miller réalisateurs, Drew Goddard scénariste.
- Objectif : rendre l’intimité et l’enjeu scientifique palpables par la musique.
3. Une palette sonore hors des sentiers battus
Pemberton ne se contente pas d’un orchestre traditionnel : il construit un orchestre « non traditionnel » mêlant instruments rares et objets du quotidien. Parmi les exemples précis figurent le cristal baschet (instrument en verre joué avec de l’eau), la glass harmonica, des cordes électriques (électro‑cello), et des sons issus d’enregistrements tests comme un robinet grinçant transformé en instrument. Pour renforcer l’ancrage humain, il a fait venir des élèves à Abbey Road pour enregistrer des claquements de mains et des pas, puis a manipulé ces voix électroniquement. Points clés :
- Instruments uniques : cristal baschet, glass harmonica, percussions d’enfants.
- Objets transformés : robinet, tuyauterie, bruits domestiques samplés.
- Hybridation : synthèse de voix et voix réelles pour créer un langage sonore.
4. Musique et communication : Ryland vs Rocky
La relation centrale du film — entre Ryland Grace et l’extraterrestre Rocky — exige un langage musical propre pour chaque protagoniste et pour leur communication. Pemberton construit des textures qui symbolisent l’altérité de Rocky et la transformation progressive de Ryland : au départ des motifs sporadiques, puis l’arrivée d’« voix » synthétiques et organiques au fur et à mesure que la communication se noue. Exemple précis : la « séquence chat-et-souris » où les premières tentatives de message de Rocky font émerger des timbres nouveaux et servent de pivot narratif. Points clés :
- Dualité : motifs terrestres pour Ryland, timbres exotiques pour Rocky.
- Évolution : la musique change avec la relation, renforçant l’empathie.
- Objectif narratif : faire ressentir la communication comme un événement émotionnel et cognitif.
5. Le « fishing trip » : huit minutes de tension musicale
Parmi les séquences majeures, le « fishing trip » est un cue d’environ huit minutes qui concentre toutes les idées musicales du film. Pemberton part d’un motif extrêmement simple — un wood block répété — et construit une accumulation sans relâche intégrant percussions d’enfants, électro‑cello, cristal baschet, orchestre et innombrables détails percussifs. Exemple précis : l’ouverture presque a cappella du cue sur un seul wood block, puis l’introduction progressive de glass harmonica et d’un orchestre pour intensifier la tension. Pour équilibrer musique et design sonore, il faut :
- Verrouiller la tension avec un motif rythmique minimaliste.
- Empiler les textures graduellement sans offrir de soulagement prématuré.
- Intégrer sons concrets (sampling) et musique orchestrale pour créer immersion et danger.
6. Défis, émotions et perspectives futures
Pemberton décrit ce travail comme le plus exigeant de sa carrière en raison de l’ampleur d’expérimentation et du thème central — le langage et la connexion. Il a résidé près de la salle de montage pour peaufiner chaque séquence, revoyant sans cesse les cues, et protégeant des moments clés comme la bascule émotionnelle où Ryland apprend que le voyage pourrait ne pas être définitif. Exemples précis : tests abondants sur les steel drums pour obtenir un métal organique, puis rejet partiel au bénéfice de petites trouvailles sonores ; heures passées à ajuster le volume et l’orchestration pour provoquer une émotion maximale. Points clés :
- Approche : expérimentation massive, essais et erreurs, conservation des « nuggets » utiles.
- Émotion : micro-ajustements sonores pour déclencher des réactions fortes chez le spectateur.
- Avenir : sans renoncer à l’originalité, Pemberton poursuit sur d’autres projets ambitieux (notamment Masters of the Universe) en conservant la même curiosité créative.
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