L’Espagne protégée de la flambée du gaz grâce au soleil ?

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Un constat initial: ce que dit Pedro Sánchez

Pedro Sánchez affirme que le système de énergies renouvelables de l’Espagne a atténué les retombées financières de la guerre en Iran, une observation qui s’appuie sur l’idée que produire de l’électricité à partir du soleil et du vent réduit la dépendance aux combustibles fossiles importés et limite l’exposition aux hausses des prix du pétrole et du gaz. Cette affirmation est pertinente mais mérite d’être nuancée : elle décrit un mécanisme réel — des énergies à coût marginal faible qui freinent la transmission directe des chocs internationaux sur la facture énergétique — tout en omettant plusieurs facteurs structurels qui modulent cet effet.

Comment les renouvelables réduisent la vulnérabilité financière

Les renouvelables agissent sur plusieurs leviers qui diminuent le risque lié aux conflits internationaux :

  • Coût marginal bas : l’électricité solaire et éolienne n’engendre pas de coût de combustible, ce qui abaisse le prix de marché lorsque leur production est élevée.
  • Réduction des importations : moins de besoins en gaz ou en pétrole pour la production électrique diminue la facture énergétique extérieure.
  • Prévisibilité : les calendriers de production (saisonniers et journaliers) facilient la planification et les stratégies d’achat.

Ces mécanismes expliquent en grande partie pourquoi, lors de pics de prix du gaz, les pays à forte capacité renouvelable voient une atténuation relative de l’impact sur la facture électrique.

Les limites — pourquoi l’histoire est plus complexe

Toutefois, l’effet des renouvelables n’est pas absolu et plusieurs éléments relativisent l’affirmation :

  • Marché de l’électricité : dans les marchés où le prix est fixé par la centrale la plus coûteuse (souvent au gaz), une hausse du gaz tire toute la courbe de prix, même si les renouvelables produisent beaucoup.
  • Variabilité et stockage : le caractère intermittent du vent et du soleil nécessite des solutions de stockage ou des capacités flexibles — l’absence de ces moyens limite la protection offerte.
  • Dépendances hors électricité : les secteurs du transport et de l’industrie peuvent rester vulnérables si la substitution par l’électricité est incomplète.
  • Infrastructure d’interconnexion : des interconnexions limitées empêchent parfois d’exporter l’excédent ou d’importer à moindre coût lorsque nécessaire.

Exemples concrets en Espagne

En Espagne, la montée rapide des capacités éoliennes et solaires a eu des effets tangibles, mais contrastés :

  • Part de renouvelables : l’électricité d’origine renouvelable représente une part significative de la production (près de la moitié lors de certaines années récentes), ce qui a contribué à amortir les pics de prix.
  • Impact sur les prix : les journées de forte production solaire ou éolienne se traduisent souvent par des prix de marché plus bas, réduisant la facture pour les consommateurs et l’électricité nucléaire/hydraulique joue aussi un rôle stabilisateur.
  • Dépendance au gaz : malgré cela, les centrales à gaz et les importations de GNL restent essentielles pour la flexibilité, exposant encore le système aux variations mondiales des prix de l’énergie.

Politiques et investissements qui renforcent la résilience

La capacité des renouvelables à protéger l’économie dépend des choix politiques et d’investissement :

  • Stockage : batteries et stations de pompage-turbinage augmentent la résilience aux chocs de prix.
  • Renforcement des réseaux : moderniser les lignes et accroître les interconnexions transfrontalières permet d’équilibrer offres et demandes au meilleur coût.
  • Diversification des approvisionnements : développement du GNL, contrats à long terme et voies d’approvisionnement multiples réduisent la vulnérabilité.
  • Politiques de marché : mécanismes d’incitation, tarification du carbone et reformes de marché peuvent limiter la transmission des hausses de prix du gaz aux consommateurs.

Leçons et perspectives pour l’avenir

L’expérience espagnole montre que les renouvelables sont un élément clé de la résilience énergétique, mais qu’elles ne constituent pas une panacée isolée. Pour maximiser l’effet protecteur, il faut combiner :

  • augmentation rapide des capacités renouvelables et du stockage ;
  • amélioration des interconnexions européennes ;
  • réformes de marché qui réduisent le lien direct entre prix du gaz et prix de l’électricité ;
  • politiques industrielles favorisant l’électrification des usages (chauffage, transport) pour remplacer durablement les combustibles importés.

Ainsi, la déclaration de Pedro Sánchez capture une part importante de la réalité : les renouvelables aident à amortir les chocs. Mais la portée de cet effet dépend fortement des politiques, des infrastructures et des interactions complexes entre marchés énergétiques.


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