Liban : à Tyr, les pêcheurs cloués au port par la guerre

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Une mer sous pression, entre guerre et survie

Au Liban, le conflit ne se limite pas aux routes et aux villages détruits : il s’étend aussi à la mer. À Tyr, grand port de pêche du sud du pays, les embarcations restent majoritairement à quai, tandis que les pêcheurs racontent une activité devenue incertaine, surveillée et dangereuse. Dans un contexte de tensions persistantes, la mer, longtemps source de vie et de revenus, est désormais perçue comme un espace restreint, voire menaçant.

  • Port de Tyr : activité ralentie et bateaux amarrés.
  • Naqoura : port de pêche détruit à proximité de la frontière.
  • Zones de pêche : fortement réduites par les contraintes sécuritaires.

Des pêcheurs contraints de rester près du rivage

Dans le port de Tyr, la journée commence souvent par la réparation des filets plutôt que par la mise à l’eau. Maroun Khoury, 19 ans, pêcheur comme son père, illustre cette réalité : la mer reste accessible, mais seulement dans un rayon très limité. Les zones autrefois ouvertes plus au sud ne le sont plus vraiment, et plusieurs tentatives de sortie ont été interrompues par des contrôles ou des menaces. Pour les pêcheurs, le cessez-le-feu n’a donc pas rendu la mer plus libre.

  • Contrôles en mer par des patrouilles et des drones.
  • Interdictions de s’éloigner des zones autorisées.
  • Présence réduite de pêcheurs actifs, avec seulement une quarantaine de sorties régulières.

Un revenu fragile, souvent insuffisant pour vivre

La pêche, déjà métier de patience et d’incertitude, est devenue économiquement précaire. Maroun Khoury explique qu’une fois le carburant payé, le gain quotidien peut se limiter à une dizaine de dollars par personne. Ce niveau de revenu ne permet guère de stabilité, surtout dans un contexte où les coûts augmentent et où les sorties sont plus risquées. La mer ne nourrit plus comme avant, et pour beaucoup, elle offre seulement de quoi subsister au jour le jour.

  • Revenu moyen évoqué : environ 10 dollars par jour par pêcheur après le diesel.
  • Dépendance au carburant et au partage des gains.
  • Vulnérabilité accrue des familles vivant de la pêche.

Des règles strictes et une surveillance constante

Selon Sami Rezze, vice-président du syndicat des pêcheurs du sud, les restrictions sont très précises : les pêcheurs ne peuvent pas aller au-delà d’une zone limitée entre Ras al-Ain et Rashidieh, au sud de Tyr. Ils ne peuvent pas non plus sortir à toute heure ; des plages horaires spécifiques encadrent leurs départs. Cette situation rappelle, pour certains habitants, les années d’occupation du sud du Liban, lorsque la liberté de circuler en mer était déjà fortement restreinte.

  • Zone autorisée d’environ trois kilomètres au sud de Tyr.
  • Horaires imposés pour la sortie des bateaux.
  • Restrictions comparées à celles de l’époque de l’occupation israélienne.

La peur des tirs et l’ombre des drones

La principale inquiétude des pêcheurs ne vient pas seulement des limites administratives, mais aussi du risque d’être ciblés. D’après les témoignages recueillis, tout bateau franchissant la zone autorisée peut être pris pour cible par des patrouilleurs israéliens. Les drones, omniprésents au-dessus du littoral, renforcent ce climat d’alerte permanente. Des pêcheurs disent avoir été poursuivis jusque vers Tyr, avec des tirs en direction de leurs embarcations. Dans ce contexte, sortir en mer relève parfois du pari.

  • Surveillance aérienne continue par drones.
  • Tirs signalés contre des bateaux jugés trop proches de la limite.
  • Climat de peur qui décourage de nombreuses sorties.

Une ressource menacée aussi par d’autres crises

Au café du port, les discussions tournent aussi autour d’un autre constat : même sans la guerre, la pêche serait déjà fragilisée. Radwan, pêcheur depuis plus de vingt ans, évoque la surpêche, la pêche à la dynamite et le réchauffement de la Méditerranée, autant de facteurs qui réduisent les stocks de poissons. La guerre a aggravé une crise plus ancienne, en limitant encore davantage l’accès à la mer. Le secteur de la pêche et de l’aquaculture aurait déjà perdu 6,3 millions de dollars depuis le début du conflit, selon la FAO, signe d’un pan entier de l’économie locale en grande difficulté.

  • Surpêche et méthodes destructrices comme la dynamite.
  • Réchauffement marin qui perturbe les ressources halieutiques.
  • Pertes financières estimées à 6,3 millions de dollars pour le secteur.

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