1. Une Europe audiovisuelle sous pression mondiale
L’industrie audiovisuelle européenne fait face à un tournant majeur : elle ne se mesure plus seulement à ses concurrents du continent, mais aussi aux studios américains, aux plateformes de streaming et aux grandes plateformes numériques comme YouTube. Lors du MIA Market de Rome, les professionnels ont souligné qu’il ne suffisait plus de produire de bonnes œuvres : il faut désormais capter l’attention dans une économie mondiale dominée par les algorithmes, les usages mobiles et la circulation rapide des contenus.
- Concurrence accrue avec les géants américains et les acteurs du numérique.
- Fragmentation des audiences entre télévision linéaire, streaming et plateformes sociales.
- Pression sur les droits de propriété intellectuelle, désormais au cœur des négociations.
2. Investir dans les entreprises, pas seulement dans les projets
Giuseppe Abbamonte, directeur de la politique des médias à la Commission européenne, a insisté sur un point central : l’Europe doit financer des entreprises solides, et pas uniquement des œuvres isolées. Selon lui, les producteurs européens doivent pouvoir attirer des capitaux étrangers tout en gardant le contrôle de leurs créations originales. L’objectif est clair : construire des sociétés capables d’absorber les risques, d’innover et de rivaliser avec des groupes mondiaux mieux capitalisés.
- Financement structurel pour renforcer la taille des sociétés européennes.
- Contrôle des IP afin d’éviter la cession systématique des droits.
- Accès élargi aux investisseurs institutionnels via de nouveaux outils européens.
3. Des fusions qui redessinent le paysage médiatique
Le marché romain s’est ouvert dans un contexte de consolidation accélérée. Plusieurs opérations récentes illustrent le basculement du secteur : Sky, détenu par Comcast, a accepté de racheter les activités de diffusion et de streaming d’ITV au Royaume-Uni ; en Allemagne, RTL a rapproché sa grande chaîne gratuite et Sky Deutschland, également passé sous contrôle de Comcast. Ces mouvements montrent que les grands groupes cherchent à gagner en échelle pour faire face à la concurrence globale.
En Italie, MediaForEurope a pris le contrôle de ProSiebenSat.1, deuxième groupe commercial allemand, renforçant ainsi une stratégie d’expansion paneuropéenne. Cette dynamique traduit une réalité simple : dans un marché dominé par les plateformes, la taille devient un levier essentiel de survie.
4. YouTube, les créateurs et la bataille de l’attention
Les producteurs européens ne doivent plus seulement composer avec les chaînes traditionnelles et les services de streaming : ils doivent aussi affronter la montée de YouTube et de l’économie des créateurs. Ces acteurs captent une part croissante du temps de visionnage, notamment chez les jeunes publics. Les séries locales, autrefois protégées par les grilles télévisées nationales, se retrouvent en concurrence avec des formats courts, des vidéos virales et des créateurs indépendants capables de mobiliser d’immenses audiences.
- Formats courts qui détournent l’attention des séries longues.
- Algorithmes qui favorisent la découverte rapide de contenus.
- Monétisation mondiale permettant à des créateurs individuels de rivaliser avec des chaînes établies.
5. Des producteurs européens encore trop petits
Pour Alessandro Usai, président de l’ANICA, le constat est clair : les producteurs européens savent créer des succès internationaux, mais leurs structures restent trop petites pour tenir sur la durée. Cette faiblesse les rend vulnérables à des rachats étrangers et limite leur capacité à conserver les droits sur leurs œuvres. Dans un marché où les contenus à fort potentiel voyagent d’un territoire à l’autre, la maîtrise de la propriété intellectuelle devient un enjeu stratégique autant qu’économique.
Le MIA Market, soutenu par l’ANICA et l’APA, s’inscrit dans une logique de coopération. Les professionnels cherchent à mutualiser ressources, savoir-faire et financements pour bâtir une industrie plus résistante. Cette démarche s’appuie aussi sur un programme de coopération entre l’Italie et la France signé en juin 2026, avec un groupe d’experts réuni pour la première fois à Rome.
Les priorités mises en avant par les professionnels
- Mutualiser les ressources entre producteurs européens.
- Sécuriser les droits sur les œuvres originales.
- Développer des stratégies durables de production et de distribution.
6. Un fonds européen pour financer les récits à portée mondiale
Antonino Stefanucci, senior mandate manager à la Commission européenne, a présenté le nouvel European Investment Fund, conçu pour soutenir des contenus européens capables d’attirer des financements internationaux. Son message est net : la culture n’est pas seulement une question d’identité, elle possède aussi une valeur économique. L’exemple de Hollywood ou des K-dramas coréens montre qu’un récit local peut devenir mondial si l’écosystème financier suit.
L’enjeu pour l’Europe est donc double : produire des histoires fortes et conserver leur valeur sur le long terme. Le MIA Market, qui se poursuit jusqu’au 23 octobre, cherche à rapprocher producteurs, investisseurs et professionnels du secteur pour construire un modèle plus compétitif. Dans ce contexte, la bataille n’est plus seulement créative : elle est aussi financière, technologique et stratégique.
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