Le constat posé par Michel Le Du
Dans une tribune publiée dans Le Monde, le professeur de philosophie Michel Le Du soutient que la manière dont Sébastien Chenu a pris la défense du couple formé par Jordan Bardella et une princesse témoigne d’un mépris de classe ciblé contre les professions intellectuelles ; l’argument central est que la défense n’est pas seulement privée mais porte un message politique, qui oppose implicitement un modèle social dit « populaire » à un autre perçu comme « élitaire » et « déconnecté ».
Ce que recouvre le concept de « mépris de classe »
Le « mépris de classe » désigne une attitude qui dévalorise certaines catégories sociales, ici les professions intellectuelles (universitaires, enseignants, journalistes, chercheurs). On retrouve plusieurs traits caractéristiques :
- Stigmatisation : dénigrement de l’expertise comme prétentieuse.
- Opposition manichéenne : division entre « le peuple » et « les élites ».
- Délégitimation : remise en cause de l’autorité morale et scientifique des professions intellectuelles.
Pourquoi la défense publique du couple peut être lue politiquement
La mise en scène d’un soutien à Bardella et à sa compagne peut dépasser l’anecdote privée pour devenir un signe politique : elle sert à redéfinir les frontières symboliques entre « ceux qui comptent » et « ceux qui valent ». Les procédés fréquemment observés dans ce type de discours incluent :
- La personnification : utiliser une relation privée pour incarner un affront contre une catégorie sociale.
- La dramatisation : présenter une critique des intellectuels comme une attaque aux valeurs populaires.
- La transposition : faire d’un fait divers un marqueur identitaire et électoral.
Effets sur le débat public et sur la confiance
Un discours qui vise et méprise les professions intellectuelles a des répercussions concrètes : il fragilise l’autorité de l’expertise, polarise les débats et peut conduire à la mise à l’écart de voix qualifiantes. Exemples concrets : la défiance envers les avis scientifiques lors de crises sanitaires, la défiance envers les analyses journalistiques dans des affaires publiques, ou la mise sous pression des universitaires abordant des sujets sensibles. Ces dynamiques affaiblissent la capacité collective à débattre sur des bases factuelles.
Logiques stratégiques derrière ce positionnement
Politiquement, afficher un rejet des « élites » peut être une stratégie : elle crée une solidarité de groupe, mobilise un électorat qui se sent dépossédé et redéfinit l’adversaire. Les tactiques observables comprennent :
- Populisation du discours : simplification et mise en scène de l’antagonisme.
- Personnalisation : centralisation du débat sur des figures emblématiques plutôt que sur des enjeux.
- Instrumentalisation des émotions (colère, ressentiment) pour légitimer des positions politiques.
Réponses possibles pour réhabiliter l’espace public
Face à ce type de mépris ciblé, plusieurs approches permettent de restaurer un débat plus équilibré : promouvoir la transparence et la pédagogie des savoirs, renforcer la protection des libertés académiques, développer des espaces publics de discussion ouverts et factuels. Actions concrètes :
- Organiser des forums publics où universitaires et citoyens débattent sur un même plan.
- Renforcer l’éducation aux médias et à l’esprit critique dans les écoles.
- Soutenir le travail journalistique d’enquête et les plateformes de vérification des faits pour contrer la délégitimation.









