
Banques fermées, conséquences immédiates
Dans l’est de la RDC, la décision de Kinshasa de fermer les banques dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 vise à protéger les épargnants et à couper les ressources financières de la rébellion, mais elle a des retombées humanitaires directes. Selon le rapport 2025 du Programme alimentaire mondial (PAM), les transferts en espèces prévus pour 2025 au Nord‑Kivu et au Sud‑Kivu devaient représenter 75 millions de dollars ; moins de 39 millions ont été décaissés. Impacts immédiats :
- Interruption des transferts cash vers les familles;
- Perte de liquidité dans les marchés locaux;
- Blocage des mécanismes de paiement des agences humanitaires.
Pourquoi l’aide en espèces est cruciale
Le cash humanitaire change la nature de l’aide : il redonne du pouvoir d’achat aux familles et stimule l’économie locale. Exemples concrets :
- Une mère choisit d’acheter du riz et des haricots selon ses besoins nutritionnels;
- Un commerçant local voit son chiffre d’affaires augmenter quand des clients paient en espèces;
- Une agence réduit les coûts logistiques en évitant les convois alimentaires coûteux.
Ces avantages expliquent pourquoi la réduction des décaissements touche directement la sécurité alimentaire.
« Chakula sokoni » : une réponse locale et technologique
Face à l’arrêt des banques, le PAM a lancé un dispositif pilote baptisé « Chakula sokoni » (la nourriture au marché) dans le territoire de Masisi. Principe et chiffres :
- Cartes biométriques chargées à 15 dollars par personne;
- Utilisation chez 17 commerçants équipés de terminaux électroniques;
- 30 000 bénéficiaires touchés et 83 % de satisfaction déclarée;
- Articles achetés : riz, haricots, farine de maïs, poisson, huile.
Cet exemple montre comment combiner technologie et acteurs locaux pour maintenir l’accès à la nourriture.
Fragilités du modèle et obstacles à l’extension
Le projet pilote fonctionne mais reste précaire et limité au territoire de Masisi. Obstacles identifiés :
- Dépendance à un réseau réduit de commerçants et de terminaux;
- Besoins financiers externes : financement actuel assuré par le Royaume‑Uni, la Norvège, la Suède et le Canada;
- Fermeture des banques qui empêche l’échelle et la continuité des opérations;
- Risques sécuritaires et logistiques qui peuvent interrompre les paiements.
Sans levée des contraintes bancaires et une montée en capacité, l’aide restera localisée.
Chiffres qui parlent : le coût humanitaire
Les données chiffrées illustrent l’ampleur du problème : la moitié seulement des fonds prévus ont été versés. Autres éléments factuels à retenir :
- Transferts prévus 2025 Nord‑Kivu/Sud‑Kivu : 75 M$ ; décaissements : <39 M$ (PAM 2025);
- Les zones d’exclusion aérienne ont empêché près de la moitié des vols humanitaires souhaités par le PAM en 2025, limitant encore la logistique;
- La RDC figure parmi les pays comptant le plus de personnes déplacées, situation aggravant le besoin d’assistance ciblée.
Solutions possibles pour élargir l’accès aux espèces
Pour rendre l’aide en espèces plus résiliente et étendre des dispositifs comme Chakula sokoni, plusieurs voies complémentaires sont envisageables :
- Négocier des mécanismes temporaires de réouverture bancaire humanitaire ou des dérogations pour les transferts;
- Développer le mobile money et les paiements numériques hors banques, avec protection des bénéficiaires;
- Renforcer le réseau de commerçants et former à l’usage de terminaux pour assurer la disponibilité des produits;
- Assurer un financement flexible des donateurs pour passer du pilote à l’échelle;
- Combiner corridors humanitaires et accords de sécurité pour garantir la continuité des opérations.
Ces pistes, mises en œuvre de façon coordonnée entre le gouvernement, les agences humanitaires, les donateurs et le secteur privé, peuvent restaurer la circulation de l’argent et relancer les marchés locaux essentiels à la sécurité alimentaire.






