Un appel contre la guerre qui trouble plus qu’il n’éclaire
Dans une tribune largement diffusée, un appel « contre la guerre en Iran » a suscité une onde de choc en raison de son ton et de ses signataires : des personnalités issues à la fois de la gauche radicale et de l’extrême droite semblent, par faiblesse ou stratégie, en venir à absolvoir — voire à soutenir la République islamique. Cette prise de position soulève des questions essentielles sur la manière dont on conjugue antimilitarisme et défense des droits humains, et interroge la cohérence politique des mouvements progressistes face à un régime autoritaire.
Convergences surprenantes : pourquoi la droite et la gauche se retrouvent
Le phénomène n’est pas nouveau : face à une crise internationale, des acteurs très différents peuvent se retrouver sur un discours commun quand l’ennemi commun est perçu comme l’Occident. On observe plusieurs mécanismes explicatifs, avec des exemples concrets :
- Antiaméricanisme : des groupes d’extrême gauche ou souverainistes de droite privilégient la critique de l’intervention occidentale plutôt que la critique du régime iranien.
- Réalisme géopolitique : certains acteurs estiment que dénoncer fermement le pouvoir iranien risquerait de légitimer une intervention étrangère, d’où une prudence excessive.
- Idéologisation : la complicité idéologique — par exemple, l’anti-impérialisme à tout prix — conduit à des prises de position qui négligent la situation interne en Iran.
Les motivations qui poussent au silence ou à l’apologie
Derrière l’apparente solidarité pacifiste, plusieurs motifs peuvent expliquer l’absolution du régime :
- Priorité à la paix : la crainte d’une escalade militaire fait pencher certains signataires vers le soutien passif au pouvoir en place.
- Calcul tactique : garder des canaux avec Téhéran pour des raisons diplomatiques ou commerciales.
- Instrumentalisation : utiliser la question iranienne pour faire valoir des positions internes (anti-système, anti-OTAN).
Ces logiques peuvent mener à des alliances problématiques avec des acteurs qui, en temps normal, n’ont rien en commun sur le plan des valeurs.
Les conséquences sur les luttes pour les droits humains
Cette ambiguïté a un coût concret pour les victimes et pour l’action politique : elle fragilise les solidarités internationales et donne des munitions au régime pour discréditer ses opposants. Exemples :
- Les manifestations de 2022-2023 après la mort de Mahsa Amini ont mis en lumière la répression des libertés individuelles et la lutte pour les droits des femmes.
- La rhétorique qui minimise ces violences contribue à l’impunité et affaiblit les ONG et défenseurs des droits humains qui demandent des sanctions ciblées.
Des alternatives claires et solidaires
Pour répondre à cette dérive, il existe des stratégies qui allient refus de la guerre et soutien aux droits fondamentaux :
- Solidarité avec la société civile : appuyer concrètement les organisations iraniennes et les exilés qui défendent les libertés.
- Sanctions ciblées : privilégier des mesures ciblant les responsables de la répression plutôt que des sanctions globales qui pénalisent la population.
- Voies juridiques internationales : soutenir les enquêtes du Conseil des droits de l’homme et les actions devant les juridictions internationales.
Ces options permettent de maintenir une position antimilitariste tout en dénonçant les violations des droits humains.
Appel à la clarté et à la cohérence des forces progressistes
La leçon à tirer est simple : l’antimilitarisme doit être cohérent avec la défense des libertés et des principes démocratiques. Une gauche qui perd ses boussoles au point de protéger ou d’excuser un régime autoritaire court le risque d’aliéner ses forces vives et de trahir les luttes sociales et démocratiques qu’elle prétend soutenir. Il s’agit d’adopter des positions qui conjuguent prudence géopolitique et intransigeance morale, en s’appuyant sur des exemples précis et des outils politiques tangibles pour protéger les victimes et promouvoir le changement.







