
Incendie à la Céni : un sinistre révélateur
Le 20 novembre 2025, un incendie a détruit les entrepôts centraux de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) à Kinshasa ; l’enquête interne retient une surchauffe de batteries lithium provoquée par une climatisation hors service, elle-même faute de crédits de fonctionnement : en un fait, la déficience budgétaire devient une cause matérielle de défaillance. Exemples précis des pertes :
- 21 249 batteries détruites
- 1 778 panneaux solaires et 60 groupes électrogènes partis en fumée
- 1 500 m² de stockage et le data center de réplication du serveur central anéantis
Budget amputé : les chiffres qui expliquent tout
Pour 2025 la Céni avait demandé 315,9 milliards de francs congolais (≈107 M$) ; le Parlement n’a alloué que 158,7 milliards, et la répartition creuse les priorités opérationnelles : seules les rémunérations ont dépassé la demande après « plaidoyer ». Points clés chiffrés :
- Dépenses opérationnelles demandées : 179,7 milliards – alloués : 45 milliards (25%)
- Crédits d’investissement demandés : 30,9 milliards – alloués : 316 millions (1%)
- Sur 23,2 milliards prévus pour fonctionnement courant, seulement 12,6 milliards ont été décaissés (54%)
Feuille de route 2025 : échéances non tenues et transition incertaine
La feuille de route publiée en avril 2025, qui prévoyait mise à jour de la cartographie, acquisition de matériels d’identification et enrôlement dès le premier trimestre, n’a pratiquement pas été respectée : une année préparatoire est perdue. Exemples d’impacts concrets :
- Opérations d’enrôlement planifiées en février non lancées
- Mandat du bureau de la Céni arrivant à terme en 2026 sans démarche formelle entamée pour sa succession
- Blocages politiques possibles menant à des délais supplémentaires dans la préparation
Logistique sous le feu et à la merci des vols
Les conflits à l’Est et des complicités internes ont décimé le parc logistique : depuis janvier 2024, la Céni recense des pertes massives et des pillages, mais les vols frappent aussi 18 provinces hors zones de guerre. Détails factuels :
- Équipements volés ou détruits dans l’Est : 9 camions, 24 pick-up, 437 motos, 7 156 dispositifs électroniques de vote
- Vols documentés dans 18/26 provinces, souvent « en complicité avec des agents de sécurité et de la Céni »
- Parc véhicules : 523 au total, dont 271 classés « amortis »; imprimerie hors service à 80%
Fichier électoral, cartographie et télécoms : trois chantiers bloqués
Trois préalables techniques restent non assurés et menacent la crédibilité du cycle 2028 : le fichier électoral n’a pas été actualisé depuis 2022, la cartographie présente des incohérences, et l’infrastructure télécoms VSAT est inadaptée aux besoins modernes. Points à retenir :
- Fichier transmis à l’ONIP le 19 février 2026 mais sans actualisation continue : décès, migrations et nouveaux majeurs non pris en compte
- Cartographie : entités territoriales non reconnues, pertes de chefs-lieux, créations illégales détectées lors des travaux d’été 2025
- Télécommunications : VSAT cause latence élevée et faible débit, insuffisant pour la transmission sécurisée et rapide des résultats
Politique et responsabilités : l’élection comme enjeu de volonté
Les contraintes opérationnelles ont une traduction politique : des voix de la majorité évoquent déjà l’idée d’un glissement du calendrier constitutionnel, citant l’instabilité dans l’Est et les déplacements de population ; le précédent de 2018/2019 est évoqué. La Céni, mesurée, formule des recommandations claires : garantir les décaissements réguliers et sécuriser les conditions matérielles et logistiques. Mesures immédiates indispensables :
- Décaissements réguliers et à temps pour assurer continuité opérationnelle
- Relance urgente des opérations d’inventaire et de réhabilitation des entrepôts
- Sécurisation des installations et réforme du dispositif de garde (paiement des primes, rotation stabilisée)
- Mise en œuvre d’un plan technique pour actualiser le fichier, régulariser la cartographie et moderniser les télécoms









