
1. Pourquoi la croissance actuelle peine à créer des emplois décents
La croissance du PIB en Afrique subsaharienne ne se traduit pas automatiquement en emplois de qualité : un point de croissance de PIB génère en moyenne seulement 0,04 point d’emploi salarié. Malgré des taux d’activité élevés (environ 75 % chez les hommes et 65 % chez les femmes), la majorité des nouveaux entrants se retrouve dans le secteur informel, caractérisé par des unités familiales ou indépendantes trop petites pour offrir des emplois stables et bien rémunérés. Exemple : un jeune diplômé peut trouver une activité de débrouille (vente ambulante, services à la personne) plutôt qu’un emploi formel dans l’industrie ou les services.
2. Les freins structurels qui limitent la création d’emplois
Plusieurs obstacles expliquent le faible effet emploi de la croissance : absence d’infrastructures fiables, coût élevé de l’énergie, accès limité au financement, fiscalité et réglementation fragmentées, corruption. Ces points faibles se traduisent concrètement par :
- Énergie intermittente : entreprises contraintes de recourir à des générateurs, augmentant les coûts de production.
- Coût du capital élevé : PME qui n’investissent pas ou ne se développent pas faute de crédit abordable.
- Réglementation nationale cloisonnée : impossibilité d’économies d’échelle sur des marchés trop petits.
- Corruption : obstacles aux marchés publics et distorsions de concurrence.
3. Changer le modèle : privilégier les entreprises africaines
Pour transformer la croissance en emplois durables, il faut recentrer la stratégie sur le développement des moyennes et grandes entreprises africaines, plutôt que sur l’exportation brute de matières premières. Cela implique des politiques publiques ciblées : soutien aux chaînes de valeur locales, incitations à la transformation, accompagnement des PME vers l’industrialisation. Exemple : encourager les entreprises agroalimentaires locales à transformer les récoltes sur place plutôt qu’à exporter des matières premières non transformées.
4. Actions concrètes à mettre en œuvre
Des mesures précises peuvent lever les verrous et favoriser l’emploi salarié :
- Formation et montée en compétences : apprentissage technique lié aux secteurs porteurs (manufacturier, numérique, tourisme, santé).
- Infrastructures : routes, ports, énergie fiable pour réduire les coûts logistiques et énergétiques.
- Financement local : développer des instruments financiers adaptés (crédits long terme, garanties pour PME).
- Harmonisation réglementaire : faciliter l’accès aux marchés régionaux en alignant règles fiscales et normes.
- Réduction de la corruption : transparence des marchés publics pour permettre aux entreprises locales d’accéder aux contrats.
5. Secteurs prometteurs pour générer emplois et valeur ajoutée
Plusieurs segments offrent un fort potentiel d’absorption de main-d’œuvre qualifiée et d’amélioration des revenus : transformation alimentaire, tourisme-hôtellerie, soins de santé, logement et construction, services numériques, industrie manufacturière et aval minier. Exemples précis :
- Agro-industrie : usines de conditionnement et transformation créant emplois stables en zone rurale.
- Numérique : centres de services partagés et start-ups tech offrant emplois qualifiés et exportateurs de services.
- Construction de logements : projets d’habitat abordable mobilisant main-d’œuvre locale et filières de matériaux.
6. Priorités politiques et mesures de suivi
Pour pérenniser l’impact sur l’emploi, les décideurs doivent combiner réformes structurelles et instruments de pilotage : définir des indicateurs d’emploi et de qualité de l’emploi, soutenir les filières prioritaires par des plans sectoriels, renforcer la gouvernance et la transparence, et stimuler l’accès au capital long terme. Par exemple, mesurer le nombre d’emplois salariés créés par programme d’appui aux PME, ou suivre la baisse du coût du crédit pour les entreprises locales permettrait d’ajuster les politiques et d’assurer une transformation économique inclusive et durable.






