La montée de l’intelligence artificielle et la question environnementale
L’émergence de l’intelligence artificielle (IA) soulève de nombreuses questions, notamment celle de sa compatibilité avec les efforts de décarbonation. Historiquement, l’humanité a souvent ignoré l’impact environnemental de ses innovations technologiques, se concentrant surtout sur la croissance économique et la prospérité. Cependant, cette époque semble révolue, et il est crucial de repenser notre approche face à cette nouvelle révolution technologique.
Un impact énergétique alarmant
Un rapport du Shift Project, publié récemment, met en avant une réalité préoccupante : la consommation électrique des centres de données devrait tripler d’ici 2030. L’IA pourrait représenter entre 33% et 50% de cette consommation, un bond significatif par rapport aux 15% actuels. Cette situation pourrait compromettre la durabilité de l’expansion de l’IA.
Une discordance avec les objectifs climatiques
La frénésie d’investissement pour la construction de nouveaux centres de stockage pourrait paradoxalement augmenter les émissions de gaz à effet de serre. Cela se produit à un moment où de nombreux secteurs tentent de diminuer leurs empreintes carbone pour respecter les accords climatiques, comme l’accord de Paris. Aux États-Unis, par exemple, une grande partie de l’électricité provient encore de sources fossiles émettrices de CO2, rendant l’objectif de décarbonation particulièrement difficile.
Les conflits d’usage énergétique
Dans des pays comme la France, où l’électricité est beaucoup plus décarbonée, l’explosion de la consommation liée à l’IA entraîne des conflits d’usage. Les secteurs émergents qui dépendent de l’électrification pour réduire leurs émissions de CO2 pourraient souffrir d’une allocation disproportionnée de l’énergie vers les centres de données, entraînant une augmentation des prix de l’électricité et compromettant ainsi les efforts de décarbonation.
Le mirage du technosolutionnisme
Il est essentiel de ne pas tomber dans le piège du technosolutionnisme, qui promet des gains d’efficacité énergétique grâce à l’IA. L’augmentation des usages technologiques est tellement rapide qu’il devient improbable qu’elle soit compensée par des améliorations d’efficacité. Cette croyance relève d’une vision simpliste qui pourrait retarder des actions concrètes et nécessaires en matière d’écologie.
Appel à une régulation nécessaire
Le Shift Project invite à une réflexion sur la place de l’IA dans la décarbonation, proposant notamment la mise en place de plafonds de consommation électrique et une étude des usages « au cas par cas ». Bien que cette approche soit souhaitable sur le plan environnemental, elle pourrait se heurter aux réalités économiques et à la concurrence pour attirer des investissements dans une technologie considérée comme stratégique. Les dirigeants mondiaux, tels que Donald Trump et Xi Jinping, pourraient ne pas être réceptifs à un appel à la sobriété.


